Danyele Fouché - Interview


INTERVIEW DE DANYELE FOUCHE
Attachée de presse de Mylène Farmer de 1987 à 1988
Fanzine IAO (Décembre 2005 - Janvier 2006)



Comment êtes-vous devenue l'attachée de presse de Mylène ?
On s'était rencontrées sur un plateau de télévision. J'étais très amie avec Bertrand Le Page (le manager de Mylène à l'époque, NDLR). Et Mylène a exigé auprès de Polydor qu'ils m'engagent pour être son attachée de presse.


Vous étiez donc dans le service presse de Polydor, sa maison de disques ?
Non. J'étais payée par Polydor, mais je m'occupais exclusivement de Mylène Farmer. Et uniquement pour ce qui concernait les télés et les radios. La presse écrite, c'était surtout Bertrand qui s'en chargeait.


Sur quelle émission vous êtes-vous rencontrées ?
Je m'occupais de Guy Béart à l'époque. Une émission lui était consacrée; elle était tournée chez lui. Mylène faisait partie des invités. Elle a chanté «Mon cher Frantz» en duo avec lui. (C'était sur Antenne 2 - devenue France 2 depuis - en 1987; Mylène avait aussi chanté «Au bout de la nuit», NDLR - Regarder la vidéo «Béart 87»). Et sur le ton de la plaisanterie, Mylène m'avait dit : «Mais quand vas-tu t'occuper de moi ?». Je lui ai répondu « Quand tu veux » (rires).


De qui vous êtes-vous occupée à part Mylène ?
De beaucoup d'artistes. Bernard Lavilliers, Daniel Balavoine, Patrick Juvet, Michel Delpech, Claude Nougaro, Marie-Paule Belle, Dorothée, Léo Ferré, Sheila…


Mylène se mélangeait-elle aisément aux gens du show business ?
Pas du tout. Ce n'était pas son truc. Elle n'allait pas dans les soirées people. Hormis quand on en était les organisateurs, comme pour le lancement du clip de «Tristana» au Privilège, en dessous du Palace. Je me souviens de cette soirée car en me levant de table, j'ai glissé sur le marbre avec mes chaussures neuves et je me suis cassée la jambe (rires). J'ai été dans le plâtre pendant un mois. Mylène a d'ailleurs été très présente et très gentille avec moi pendant cette période.


Donc Mylène n'était pas de toutes les soirées parisiennes ?
Ah non ! Elle détestait ça. Comme moi d'ailleurs. On allait par contre dans les restos à la mode car Bertrand adorait ça.


Que pensait le milieu de cette jeune chanteuse qui restait à l'écart ?
C'était assez mitigé. Certains ne l'aimaient pas bien sûr. Elle avait un peu une image d'emmerdeuse, mais sans excès car elle était très sympa. Mylène fait carrière dans un milieu qu'elle a toujours fuit : pour moi, c'est la réussite suprême.


A l'époque, elle faisait à peu près toutes les émissions possibles et imaginables, des grivoiseries de Collaro aux confessions intimes de «Sexy folies». Etait-elle facile à travailler pour une attachée de presse ?
Oui. Elle faisait tout avec plaisir. Mais il fallait que Bertrand et moi soyons en régie pour surveiller les lumières et le cadrage. Elle était très exigeante, très perfectionniste. A ce point-là, c'est admirable. C'est une énorme qualité.


C'est à vous que l'on doit le cultissime «Mon zénith à moi» ?
Oui. C'était une émission merveilleuse. Mylène avait très envie de la faire. Elle avait donc tout accepté et s'y était énormément investie. Tout était pesé, choisi et pensé. Cette émission avait fait scandale à l'époque. Mylène avait été pas mal critiquée pour ses choix – elle voulait parler de la sexualité des prêtres, voir des hommes exécutés, les têtes coupées. C'était assez gratiné (rires).


Cette émission a définitivement installé son personnage. Etait-elle comme ça dans la vie ou jouait-elle un rôle ?
Elle en a rajouté un peu. Elle n'était pas aussi tordue que ça (rires). Ceci dit, elle était vraiment secrète; une introvertie absolue. Je me souviens qu'elle ne parlait pas de sa famille, ni de son enfance; c'étaient des sujets tabous. Je crois que c'était vraiment sa nature profonde d'être à part. Et il est vrai qu'elle vivait avec deux singes… et Laurent (rires).


Et son intérieur était-il conforme à l'image gothique qu'on a pu s'en faire ?
Je ne suis jamais entrée chez Mylène. Très peu de gens y allaient.


Pourquoi cela ?
Mylène était tellement bordélique qu'elle avait honte (rires).


«Mon zénith à moi», c'était aussi la rencontre avec Zouc…
Oui. On était allées la voir ensemble au Bataclan, et on avait été séduites par son univers. Je n'ai pas pu assister au tournage du clip de «Sans contrefaçon» car j'étais prise par ailleurs, mais Mylène m'a raconté que Zouc était arrivée en ambulance pour pouvoir être couchée pendant le voyage (rires). Elle avait demandé un cachet énorme pour tourner le clip (rires).


Pourquoi ne plus avoir travaillé avec Mylène après «Ainsi soit je…» ?
Parce que je l'ai quittée. Je me suis fâchée un jour… bêtement. Pourtant je m'entendais très bien avec elle; je l'aimais tendrement. Et, même si ça peut paraître étonnant, j'ai beaucoup ri avec Mylène. Et Bertrand ! Surtout quand on partait en équipée sauvage en province, pour des galas ou des tournages d'émissions. On a passé des soirées de rigolade intenses, légèrement arrosées de Champagne rosé (rires).


C'était un vrai déménagement j'imagine…
Oui. Je me souviens notamment d'un déplacement au Festival du film de Cognac pour «Tristana» dans une émission présentée par Patrick Poivre d'Arvor (Regarder la vidéo Spécial Festival du film policier de Cognac - avril 1987, NDLR). On est partis, Bertrand, Mylène et moi, avec les deux danseuses, et une malle en osier immense pour les robes. Je me rappelle d'ailleurs qu'on s'est un peu disputés avec la productrice de l'émission qui ne voulait pas de ces tenues. Au final, on est tombées d'accord pour les porter quand même, et, pour se faire pardonner, elle nous a fait monter une bouteille de Cognac dans une des chambres du château dans lequel l'émission se tournait. On a entamé la bouteille avec Mylène en attendant le tournage. On a été rapidement très gaies (rires).


Vous parcouriez les routes de France en voiture ?
En train ou en avion. Pas en voiture car c'était Bertrand qui conduisait, et nous étions terrorisées par sa façon de conduire. D'autant que c'était le plus souvent après avoir consommé pas mal de Champagne (rires).


Vous semblez avoir eu beaucoup de tendresse pour lui ?
Oui. C'était mon ami. C'est quelqu'un que j'aimais profondément et que je défendrai jusqu'au bout.


Vous êtes restée en contact avec lui ?
Jusqu'à la fin. Je lui ai même laissé un message sur son répondeur deux jours avant sa mort.


Pourquoi s'est-il tué selon vous ?
Il a vécu des périodes très difficiles. Il a essayé de faire une nouvelle Mylène, mais il n'est jamais tombé sur l'équivalent. Il n'y a qu'une seule Mylène…


Il a travaillé avec Ysa Ferrer, puis les productions AB…
Oui. Il s'est aussi occupé d'un restaurant, La Cloche d'Or, à Pigalle. Il s'est rapidement retrouvé sans un centime, pourchassé par les huissiers. Il est passé d'un superbe appartement, dans les beaux quartiers parisiens, à un petit studio à Toulon où il faisait dans la voyance. C'est là qu'il s'est donné la mort, avec de l'alcool et des médicaments.


Certains ont attribué son suicide à sa séparation d'avec Mylène. C'était quand même neuf ans après !
Oui, mais il ne s'en est jamais remis.


Vous croyez donc que c'est lié et que ce n'est pas un hasard s'il s'est donné la mort à quelques jours de la sortie de l'album «Innamoramento» ?
Je n'en sais rien. Je ne crois pas beaucoup aux coïncidences. (silence) Leur séparation a été un drame absolu pour Bertrand. (silence)


Vous estimez que Mylène n'aurait pas du s'en séparer ?
Je ne sais pas. Bertrand s'est donné corps et âme pour elle. Ceci dit, il est vrai qu'il n'était pas facile à gérer. Il se mettait souvent dans des états épouvantables ; il consommait beaucoup d'alcool et de cocaïne. Mylène a accepté ça pendant longtemps, jusqu'au jour où elle ne pouvait plus. Il faut savoir aussi que Bertrand se comportait assez mal, dans les restaurants par exemple; il parlait très mal aux gens, il était très hautain, très exigeant. Il était insupportable. Mais je l'adorais !


Quelle est sa part de responsabilité dans le succès de Mylène, selon vous ?
Il était son manager, son éditeur. C'est lui qui a fait Mylène.


Il y avait Laurent Boutonnat aussi…
Oui bien sûr. Le trio Bertrand, Laurent, Mylène était d'ailleurs très compliqué. Il y en avait toujours deux contre le troisième.


Qui contre qui ?
Ça dépendait des fois. Mais toujours deux contre un. Et moi il fallait que je gère tout ça; ce n'était pas facile.


Mylène vous semblait-elle être une marionnette entre les mains de Bertrand et Laurent ?
Ah non ! Ce n'est pas du tout l'idée que je me fais d'une marionnette. Elle savait écouter les conseils des uns et des autres, mais elle a toujours eu beaucoup d'idées et beaucoup de goût. Et surtout, Mylène a toujours su ce qu'elle voulait et ce qu'elle ne voulait pas. Elle n'a jamais été aux ordres de personne.


Pourquoi vous êtes-vous fâchée avec elle ?
C'était sur le plateau de «Jacky Show» de TF1. Mylène est arrivée et elle a refusé de dire bonjour à Jacky. Ça m'a beaucoup énervée.


Ils étaient pourtant amis à l'époque, non ?
Visiblement pas ce jour-là. J'ai dit à Mylène : «J'en ai assez de tes caprices». Et je suis partie, en plein milieu de l'émission. Elle m'a demandé : «Tu reviens ?». J'ai dit : «Non !». Et je suis allée chez le coiffeur me faire une couleur, puis chez Flo m'acheter du caviar (rires).


Vous estimez que Mylène était capricieuse ?
Oui. Disons qu'elle était assez exclusive. Par exemple, elle voulait que Bertrand ne s'occupe que d'elle. J'ai en mémoire aussi une émission des Carpentier en Tunisie (Regarder la vidéo «Embarquement immédiat en Tunisie - 15 novembre 1987», NDLR). Des journalistes nous suivaient pendant le voyage parce qu'ils voulaient faire un sujet sur Mylène. Lors de l'escale à Tunis, elle a refusé qu'ils se mettent à notre table parce qu'elle voulait qu'on soit toutes les deux pour le dîner. Le reportage commençait bien ! (rires) Je me souviens aussi qu'elle m'avait fait une scène parce que, lors d'une émission, la chanteuse Patti Layne, dont je m'occupais aussi, reprenait «Déshabillez-moi». Mylène, qui devait chanter ce titre, a dû changer de chanson et m'en a voulu, alors que je n'y étais pour rien.


Donc vous ne l'avez pas quittée pour une simple histoire de «bonjour» ?
Non. Disons que c'était la goutte d'eau… Le fait est que, à l'époque en tout cas, Mylène n'accordait pas facilement sa confiance, et ne déléguait pas à n'importe qui. J'imagine que c'est toujours pareil aujourd'hui. Elle cherchait donc toujours à me prendre en faute, et moi je ne peux pas supporter ce genre de choses.


Quel regard avez-vous sur cette séparation aujourd'hui ?
C'était une pulsion toute bête. Et un entêtement idiot : j'ai refusé de revenir quant elle me l'a demandé. C'est un de mes plus grands regrets.


Parce que vous avez vu le chemin qu'elle a parcouru depuis, ou parce que vous teniez à elle ?
Les deux. Je l'aime encore aujourd'hui. Et je l'aimerai toujours. Elle avait des attentions. Je me souviens qu'elle m'avait rapporté une montre d'un voyage en Orient par exemple.


Vous aimeriez vous occuper de Mylène aujourd'hui ?
Je n'aurais pas beaucoup de travail (rires). Elle ne fait aucune émission.


Qu'en pensez-vous ?
Je crois qu'elle déteste ça.


Certes, mais elle pourrait faire un petit effort ne serait-ce que pour saluer le public, non ?
(silence) Très sincèrement, je pense qu'elle s'en fout. Je crois qu'elle ne se sent redevable de rien envers son public.


Quelle relation avait-elle avec ses premiers fans à l'époque ?
Elle suscitait des réactions pas très saines dans le public. Je me souviens d'une histoire terrible. Un week-end, j'ai reçu un coup de fil d'un policier. La fille de son cousin, une fan de Mylène, avait fait une fugue pour aller se suicider sur le paillasson de son idole. Au final, la jeune fille est venue chez Mylène, et sa famille l'a récupérée. Mais quel week-end pour Mylène et moi ! (rires)


Et lorsque vous faisiez toutes ces télés à l'époque, comment réagissait-elle aux demandes d'autographe ?
Ça l'embêtait. Elle s'y pliait quand Bertrand et moi la poussions à être un peu plus sociable (rires).


Comprenez-vous qu'elle n'ait pas de fan-club officiel ?
De mon temps, elle en refusait déjà totalement l'idée. Parce que je crois que cela impliquait un certain nombre de contraintes dont elle ne voulait pas. Et puis je pense que les fans, ça la mettait mal à l'aise. Ce n'était pas quelque chose qu'elle vivait très bien.


Vous suivez sa carrière ?
Oui bien sûr. Je trouve qu'elle ne s'est pas beaucoup trompée. Mais je ne l'ai jamais vue en concert.


Pourquoi ?
Je ne sais pas. (silence) Ça me ferait bizarre. Mais j'ai vu des DVD, et c'est extraordinaire ce qu'elle fait. C'est d'autant plus incroyable qu'elle est partie avec de tous petits moyens : elle ne maîtrisait pas tellement le chant. Mais elle a fait son chemin, sans aucune compromission.


Au moment où vous vous occupiez d'elle, sentiez-vous qu'elle allait devenir ce qu'elle est aujourd'hui ?
Non. Je pensais qu'elle allait faire une carrière formidable. Mais à ce point-là, c'était difficilement imaginable. Quelle autre chanteuse des années 80 a fait un tel parcours ?!


L'avez-vous revue depuis que vous avez arrêté de travailler ensemble ?
Oui, une fois. On a essayé de remettre ça, mais la magie était passée.


C'était quand ?
Je ne sais plus. Je n'ai pas la mémoire des dates.



 

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