Le clip C'est à qui le tour a créé une vague d'enthousiasme depuis sa mise en ligne. Il est également à l'origine de longues réflexions ou analyses sur son sens et ses multiples références...
En 2022, Mylène chantait "Fuck you too" aux pervers narcissiques dans À tout jamais.
Cette année, c'est à une autre forme d'emprise, celle qui nous censure, qui nous prive de nos libertés, que Mylène souhaite envoyer un "F..." magistral.
Le court-métrage C'est à qui le tour, réalisé par Julia Ducournau, peut déjà être classé parmi les plus grands clips de Mylène.
Rares sont les clips qui illustrent ou éclairent autant le texte d'une chanson.
Dans ce long tunnel obscur qui ouvre le clip, des femmes et des hommes presque indistinguables ("l'uniforme est sombre") marchent tels des zombies, indifférents au sort de leurs semblables ("le monde est sourd") avant de devenir à leur tour les cibles de balles, dont on ne sait si elles sont réelles ou imaginaires. Ils ne sont pas morts. Ils sont inertes, réduits au silence et à l'immobilisme.
Direction un club underground - encore la réalité ou un monde parallèle ? - où un halo dissimule tous les gestes intimes ou les contacts charnels ("Le sexe est mort - Le sexe a tort").
Dans les toilettes de ce club, Mylène voit apparaître dans le miroir le reflet de "Libertine". Son double brandit le célèbre pistolet, non pour s'en servir contre elle - pas de duel, ouf !- mais afin de simplement le lui confier.
L'image d'une époque révolue, libre et combative qui vient au secours d'un monde dont bien des acquis fondamentaux sont à présent menacés. Ce pistolet va devenir l'arme salvatrice et détruire toutes les formes d'oppression notamment celle qui a essayé de réduire Mylène au silence alors qu'elle chantait sur scène ("Pourquoi - Ne plus rien dire ").
Ce clip est une ode à la liberté et nous sensibilise au retour de la censure, au désir que certains peuvent avoir de contrôler les esprits ou les corps. Il met en avant également la place fondamentale de l'Art pour nous préserver de telles dérives.
La fin du clip est l'antithèse des premières secondes : le monde ne marche plus à l'envers (l'image n'est donc plus inversée), Mylène sourit, lumineuse ("refuser le sombre").
Mais il y a ces gouttes de sang qui coulent sur sa pommette. Ne pas oublier que ce n'était peut-être pas simplement un rêve (ou plutôt un cauchemar) mais un combat réel qui semble destiné à perdurer. D'ailleurs, en 1999, Mylène confiait déjà : "Vivre sans emprise, sans censure, vivre en toute liberté, c'est ce que j'ai envie de défendre." (Mylène Farmer - "Télé Moustique" - 13 octobre 1999)
Une interprétation du clip parmi tant d'autres.
En lisant vos nombreux commentaires passionnants, on comprend qu'une thématique générale se dessine. En revanche, des plans, des images, des instants peuvent conduire à des lectures différentes, peut-être en lien avec le vécu de chacun d'entre nous.
Références aux clips de Mylène
Libertine
Référence évidente, 40 ans presque jour pour jour après la première diffusion du clip Libertine (le 18 juin 1986 au Cinéma Mercury des Champs-Elysées), ce personnage emblématique fait son retour dans ce clip. Il a un rôle clé.

California
La scène du miroir dans les toilettes du club rappelle les scènes des miroirs dans le clip California quand le personnage de la bourgeoise va devenir une prostituée vengeresse.
Que mon coeur lâche
Au début de la scène dans le club, lorsque Mylène fend la foule de corps enlacés, on pense à la fin du clip Que mon coeur lâche

Dégénération
Dernière partie du clip, dans le club, les hommes et femmes qui s'embrassent enfin en toute liberté : une scène qui nous renvoie à Dégénération et sa parade amoureuse assez torride. Dans ce clip, Mylène était déjà celle qui extrayait les corps et les âmes d'un diktat pour les livrer à l'amour..

À l'ombre
Le 'masque' sur le visage
Optimistique-moi
La fin de ces deux clips, Mylène avec un grand sourire, le regard tourné vers le ciel, une liberté recouvrée.
Sans Logique
Lorsque Mylène sur scène secoue la tête et ses cheveux : rappel des scènes du clip Sans Logique avec ce même mouvement lors du combat avec le matador (2'37 ou 4'02dans le cllip).

Rolling Stone
Sur le plan esthétique, le début des deux clips : couleurs, lieux, tenue...
Comme pour Dégénération, des thématiques proches, pusique dans Rolling Stone, le personnage incarné par Mylène était "une espèce de 'punisher of love', un peu manga incarné" selon les déclarations de la réalisatrice Carole Denis. (M6 - 18 mars 2018)

Fuck Them All
Pour le sang sur le visage, symbole de la souffrance subie et du combat mené. La localisation anatomique est d'ailleurs la même.
On pense également à la larme de sang sur la photo de la pochette du single Sans Logique ou au sang sur la lèvre de Mylèner à la fin du clip Désenchantée.
Le double
La thématique du double était déjà abordée dans les clips California, L'Âme-Stram-Gram ou Fuck Them All sous un angle différent.
Valérie Bony doublure de Mylène dans L'Âme-Stram-Gram en 1999 l'est à nouveau dans C'est à qui le tour.
Le générique de fin
Très important pour Mylène et présent dans plusieurs de ses clips dans les années 80 et au début des années 90 : "Le générique d'un clip lui-même, c'est tellement une histoire ! C'est la concentration de tout un tournage. Et je trouve très beau un générique en cinémascope !" ("Lazer" - M6 - Mai 1987)
Il n'y avait plus eu de générique concluant un clip de Mylène depuis le Farmer Project en 2008.
On note que le générique de fin du clip C'est à qui le tour reprend le graphisme des deux premiers génériques de fin proposés dans des clips de Mylène en 1985 et 1986 pour Plus Grandir et Libertine.
Autres références
David Lynch
Lorsque Mylène se produit sur scène dans le club, des éléments rappellent Twin Peaks en particulier lquand le personnage interprété par Julee Cruise chante devant un rideau également écarlate.

Dans les toilettes du club, on note la présence sur le mur des inscriptions "1992" ou "FIRE WALK WITH ME" . Clin d'oeil au film Twin Peaks : Fire Walk With Me sorti en 1992.
Magritte
Probable référence au tableau Les amants de René Magritte

Stephen King
Le début du clip dans le tunnel a pu rappeler à certains le film Marche ou crève adapté du roman de Stephen King.

Et vous, avez-vous d'autres idées ?