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Des Larmes

Mylène Farmer - Interview - Télé 7 Jours - 27 novembre 1989






Télé 7 Jours : Son ressenti actuel
Mylène Farmer : Une expérience comme celle que je viens de vivre m'a forcément changée. Je ne suis toujours pas capable d'exploser de joie, mais j'ai appris à sourire. Disons que ma confiance en moi a remonté de deux points.


Confiance en elle sur le plan professionnel au moins :
Depuis que j'ai commencé à chanter, j'ai toujours su que je parviendrais à ce à quoi je suis parvenue : me faire accepter par le public telle que je suis, sans concession sur ce qui fait ma différence.


Sa rencontre et son influence sur son public :
Jusqu'à ce que je monte sur scène, je n'avais pas compris le retentissement que mes paroles pouvaient trouver auprès du public. Je chantais mes peurs, j'exorcisais mes fantasmes avec le sentiment de crier. Là, dans la communion avec le public, dans la ferveur, j'ai mesuré l'énorme attente que ces jeunes avaient de moi.


Ce constat la bouleverse :
Je n’étais plus seule.


L'écriture de la chanson A quoi je sers... :
J'ai écrit A quoi je sers...  un peu après le début du Palais des Sports. Parce que c'est la question que je me suis posée. [...] Justement à cela : à crier ce que les autres n'osent pas crier.


Sa réticence lors des premiers concerts :
Je crevais de trac. Mais je me suis dit que si je ne parvenais pas à chanter, j'en mourrais. [...] Je voulais maintenir une certaine distance avec le public. Parce que le racolage n'est ni dans mes principes ni dans ma nature. Mais en chantant Je voudrais tant que tu comprennes, que j'ai emprunté à Marie Laforêt, j'ai senti les larmes me monter aux yeux. Les premiers soirs, j'ai refusé de les laisser couler. Puis, j'ai fini par admettre que cette fausse pudeur n'était que lâcheté, devant un public qui demandait des émotions vraies.


Ceux qui la soupçonnent de cultiver un genre morbide et pervers pour flatter les fantasmes les plus tordus ou les plus noirs du public :
Cultiver, cultiver, comme si on cultivait autre chose que ce que l'on est. Je ne pense pas que le public soit idiot. Il ne marche pas longtemps derrière des mirages. Mais c'est vrai que lorsqu'on commence, on a tendance à s'exagérer un peu pour mieux s'affirmer.


Son équilibre :
J'ai heureusement en moi une force qui me dit que je n'irai pas jusqu'au bout ; pas vraiment un bonheur à vivre qui me retienne, plutôt une volonté. Mais si je ne veux pas d'enfants, c'est justement pour avoir la possibilité, si cette volonté venait à me faire défaut, de tirer un jour ma révérence.


Son passé :
Je suis un peu plus en paix avec mon passé. J'ai détesté mon enfance et mon adolescence. Mais aujourd'hui, je pense que ce que j'ai vécu a fait de moi celle que je suis. Je n'ai rien oublié, mais j'en veux moins à ceux qui m'ont fait souffrir. Eux aussi étaient prisonniers de leurs problèmes. [...] Si je n'avais pas eu l'occasion de voir un être très cher se laisser détruire par la drogue, j'aurais peut-être été tentée d'y plonger. Si je peux prendre des risques pour mon équilibre mental, je n'accepterai jamais cette déchéance physique à laquelle condamne la drogue.


Son doute permanent :
Je sais qu'il me sera toujours difficile de me sentir sereine et que je devrai toujours me battre.


Son exigence maladive :
Je n'accepterai jamais d'offrir au public un produit bâclé. Ou alors je préfère annuler. [...] Un spectacle doit être une chose unique. A tel point que je me demande si j'aurai envie de remonter sur scène de nouveau après Bercy. La rencontre avec la scène a été pour moi la révélation la plus forte de ma vie. Comme un premier amour . Ça ne se refait pas.


Elle a décidé de s'offrir une pause en tournant ses regards vers le cinéma :
Je n'ai pas le droit de me tromper et pas non plus le droit de ne pas oser.


Elle rêve de réalisateurs de la trempe de David Lean ou Tarkovsky :
S'il le faut, je m'expatrierai. D'ailleurs, je travaille déjà mon anglais. Au cinéma aussi j'ai le sentiment que j'ai des choses à donner. [...] J'ai encore besoin de beaucoup d'affection. [...] J'ai peut-être aussi un petit peu moins peur de grandir.

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