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Mylène Farmer - Interview - TV Hebdo - 20 avril 1991



  • Date
    20 avril 1991
  • Média / Presse
    TV Hebdo
  • Interview par
    François Cardinali
  • Fichiers
  • Catégories interviews



TV Hebdo : L'autre..., c'est d'abord une pochette insolite, où vous apparaissez un corbeau sur l'épaule. Comme un nouvel hommage à Edgar Poe ?
Mylène Farmer : Je me méfie des justifications a posteriori d'un artiste. Simplement, le corbeau s'est imposé à cause de son aspect paradoxal. Considéré comme un oiseau de mauvais augure, il est, dans ce cas, protecteur. D'ailleurs, en Afrique noire, c'est le symbole de cet animal. Et, dans La Genèse, Noé ne l'utilise-t-il pas comme messager? J'aimais ce paradoxe, cette opposition de sa noirceur et de ma blancheur...


TV Hebdo : Hier, vous chantiez "L'Enfer, c'est les autres", et aujourd'hui vous célébrez L'autre...
Mylène Farmer : Avant, à cause de mes angoisses, le réel ne m'intéressait que par rapport à moi, à mes sentiments. Aujourd'hui, j'ose un peu plus donner à l'autre. Indéniablement, c'est la scène qui m'a changée. J'ai découvert l'attente du public, des autres faces à moi.


TV Hebdo : S'ouvrant par Agnus Dei, ce disque semble plus marqué par une évocation d'un dieu ?
Mylène Farmer : Comme avant, je crois qu'il est, au contraire, présent et terriblement absent. Sans doute, plus on vieillit et plus cette idée vous hante. Mais j'ai plus de cynisme et de dégagement face à tout ça.


TV Hebdo : Il y a aussi une plus grande violence comme l'expriment les images du clip de Désenchantée, réalisé par Laurent Boutonnat ?
Mylène Farmer : C'est vrai ! Le plan final du clip montre ces prisonniers révoltés qui arrivent sur une colline et voient, à l'infini, cette plaine immaculée, en Hongrie. Mais, malgré leur rébellion, il n'y a rien. C'est ce qui me terrifie dans la vie de tous les jours : on n'a pas le choix. Si l'espoir fait vivre, comme on dit pour se rassurer, je sais qu'il n'y a pas d'espoir. Alors, et même s'il n'y a rien, les plus pessimistes se fabriquent quelque chose.


TV Hebdo : Dans vos chansons, où le thème de la disparition est présent, il y a aussi l'ombre du suicide, pourtant jamais directement évoqué...
Mylène Farmer : ... car je m'interdis de le faire ! Ce serait indécent. Trop facile. Car je suis protégée par mon entourage, par ce succès qui me donne de la force. Ceux qui m'écoutent n'ont pas toujours, eux, cette sécurité.


TV Hebdo : Une chanson s'intitule Psychiatric. Un souvenir de l'époque où vous rendiez visite à des malades en hôpital psychiatrique ?
Mylène Farmer : Ce n'était pas en psychiatrie mais à Garches, dans un service d'enfants handicapés mentaux. Je devais avoir dix, onze ans et un professeur de catéchisme nous avait proposé de l'accompagner dans ses visites. Ensuite, j'y suis retournée seule souvent. Comment oublier ça ? Notre vie est bien pauvre et il faudrait aller voir ces gens-là. Mais nous ne sommes pas assez généreux... Cela dit, l'univers de la folie ne cesse de me fasciner.


TV Hebdo : Au point de faire une analyse ?
Mylène Farmer : J'y pense, mais j'ai peur d'une chose : tuer ainsi toute créativité, toute inspiration chez moi. Car mes doutes, mes émotions me permettent d'écrire et de chanter. C’est ma raison d’être. Et puis, l'idée de la confession, devant un médecin comme devant un prêtre, me terrifie.


TV Hebdo : Pourquoi cette étonnante rencontre avec Jean-Louis Murat (révélé par le très bel album Cheyenne Autumn) dans le duo Regrets ?
Mylène Farmer : Tout s'est passé d'abord par lettres, une année durant. Je l'attendais, je l'espérais ; la rencontre ne m'a pas déçue. Quand nous avons enregistré cette chanson, qui fut très longue à écrire, je me suis demandé si Jean-Louis n'était pas mon double. Comme si nous étions du même sang.


TV Hebdo : Vous célébrez encore et toujours mélancolie et tristesse ?
Mylène Farmer : Pourquoi n'y aurait-il pas un bien-être dans l'exercice de la mélancolie ? Après tout, la tristesse est aussi riche que la joie. Et, avec elle, on réunit autour de soi toute une famille d'écrivains, de peintres.


TV Hebdo : Pourriez-vous créer demain sans la présence de Laurent Boutonnat ?
Mylène Farmer : Je n'ai aucune envie de ne plus partager avec lui. Je sais que nous avons tous les deux assez d'honnêteté pour arrêter si nous n'arrivons plus à échanger quelque chose. Mais l'idée que l'un des deux puisse disparaître me fait peur. On a encore tant d'idées en commun...

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