Interview
diffusée le mardi 10
novembre 2015 à 09h.
Interview enregistrée la veille dans une suite de
l'hôtel Royal Monceau à Paris.
Interview pour la promotion de l'album Interstellaires
sorti le 06 novembre et réunissant Mylène, Sting
et Martin Kierszenbaum.
Caroline
Roux : Bonjour à tous les trois. Mylène Farmer,
est-ce
que vous vous souvenez de votre première interview sur
Europe 1.
C'était le 05 mars 1984. Cette interview s'appelait
"Découvertes", comme celle d'aujourd'hui et vous
étiez
interviewée à l'époque par Jean-Pierre
Elkabach.
Écoutez. (diffusion d'un extrait de cette interview que vous
pouvez écouter en intégralité sur
cette page : https://www.mylene.net/media/mylene-farmer-radios_1984.php,
ndlr). Vous ne vouliez pas être une petite fourmi dans la
masse ?
Ça, ça s'est plutôt bien
passé, non ?
Mylène Farmer : Ça s'est bien passé !
C'est
toujours le cas, d'ailleurs. (rires) Mais je ne me souvenais pas, mais je me souviens de l'homme, en tout cas. Pas de l'interview, mais de
Jean-Pierre Elkabach, très très bien.
Caroline Roux : Quand
vous dites :
"C'est toujours le cas", qu'est-ce que ça veut dire ? Trente
ans
plus tard, trente millions de disques vendus plus tard, vous avez
toujours peur d'être une petite fourmi dans la masse ?
Mylène Farmer : Non. J'ai toujours besoin de cette
différence qui est essentielle à ma vie.
Caroline Roux : Qu'est-ce
qui
l'emporte quand vous écoutez un extrait comme celui-ci ? La
fierté au fond d'avoir réussi un
rêve, c'était un rêve
à l'époque.
Ou la nostalgie ?
Mylène Farmer : Non, je parlerais plutôt
d'émotion.
Je trouve ça émouvant, une petite voix.
Peut-être
moins... moins prononcée que celle-ci, mais finalement
l'effet
interview est à peu près toujours le
même pour moi. Un exercice un peu difficile.
Caroline Roux : Vous
revenez avec un
album qui s'appelle Interstellaires,
en duo avec Sting sur Stolen
Car.
Je vous pose la question à tous les deux : qu'est-ce qui
vous
bluffe chez l'autre ?
Mylène Farmer : Si c'est une réponse courte, ce
sera difficile mais...
Caroline Roux : On a le
temps !
Mylène Farmer : ... c'est un homme de multiples talents,
c'est
un homme qui est d'une grande
générosité, d'une
grande humilité. Et c'est avant tout un homme charismatique,
qui
a une voix absolument phénoménale. C'est quelque
chose d'assez... c'est un rêve,
un rêve éveillé pour moi,
réellement.
Caroline Roux : Et Sting,
qu'est-ce qui vous bluffe chez Mylène Farmer ?
Sting : C'était très intéressant
d'écouter
sa voix. C'est plutôt une voix de petite fille, un petit peu.
Toujours la
même humilité. Malgré le
succès,
malgré la célébrité elle
n'a pas
changé d'un iota. C'est une femme magnifique. Et c'est
ça
qui est superbe. Souvent les gens sont transformés par le
succès, ça leur monte à la
tête. Alors que
elle, non ! Elle est restée ce qu'elle est. Et c'est
merveilleux.
Caroline Roux : Je vous
propose qu'on
écoute un extrait de Stolen
Car. (diffusion d'un extrait de la
chanson, ndlr) Est-ce qu'il y a une appréhension quand on
partage le micro avec une autre voix, un autre talent ? Est-ce que
c'est un exercice pour vous qui a été un peu
stressant ?
Mylène Farmer : Oui, parce que quand on est seul, ma foi, on
est
livré à soi-même, à un micro
et à un
ingénieur. Là, il y a un avis, et qui est au
combien
important, et c'est un vrai partage. Donc c'est très
important, bien
sûr.
Caroline Roux :
C'est-à-dire
qu'à un moment donné on a peur d'être
jugé... par l'autre ? Je vous pose la question à
tous les
deux...
Mylène Farmer : Non, jugée... Dès
l'instant que
Sting a répondu : "Oui, je souhaiterais faire ou j'accepte
de
faire un duo avec vous", je sais quel homme il est. Donc ce n'est pas
du tout dans le jugement. C'est juste l'envie justement de partager.
Caroline Roux : Parfois,
on peut
décréter qu'on va collaborer et puis les choses
se
passent pas avec ce petit côté magique qu'on sent
entre
vous. Là, même maintenant...
Sting : Absolument ! Cette magie, elle est là ! Et en tout
cas
ma formule pour ce genre d'expériences en duo c'est que un
plus un font
trois plutôt que deux. C'est-à-dire que l'on
obtient
quelque chose de nouveau, quelque chose d'inattendu. Alors, il faut
prendre un risque, il faut prendre des risques pour y arriver. Et moi,
je suis ravi du résultat. Moi j'aime bien m'amuser en
studio, j'aime
bien entendre ce que les autres font et réagir à
ce qu'ils
font, et changer de tonalité ça ne me
gênait pas ;
effectivement je n'étais pas dans ma zone de confort,
c'était un challenge, c'est vrai.
Caroline Roux:
Alors, Martin
Kierszenbaum, vous êtes producteur de l'album. C'est la
première fois que Mylène Farmer fait un vrai
lancement
outre-Atlantique avec un album. Comment est-ce qu'elle est
perçue comme artiste ?
Martin Kierszenbaum : Mylène est très
respectée par
la communauté musicale, en tout cas. Les gens la connaissent
grâce à ses succès internationaux, mais
également ses oeuvres musicales sont très
très progressistes.
Caroline Roux : C'est une
angoisse
pour vous Mylène Farmer cette idée de lancer pour
la
première fois un album outre-Atlantique. Il y a une petite
appréhension ?
Mylène Farmer: Non, je suis tentée pour une fois dans ma vie de parler
d'amusement plus que de tragédie. (rire) Mais... non, c'est
pas
même un enjeu, c'est une envie, c'est un amusement.
Caroline Roux :
Mylène Farmer,
habituellement, vous annoncez toujours une tournée avec la
sortie de votre album. Alors, cette fois-ci c'est pas le cas, c'est :
"Non,
non, non !", c'est : "Non, peut-être ?", c'est : "Non, vous
verrez bien !" ?
Mylènr Farmer : Non, parce qu'on ne peut pas jouer avec les
non, là pour le coup, c'est un non parce que je... Vous dire
que je
n'ai pas envie de retrouver le public sur scène, ce serait
mentir, mais pour l'instant, c'est non parce que de toute
façon il
faut un an de préparation, et là, c'est impossible
pour
moi.
Caroline Roux : En 1984,
Mylène
Farmer, Jean-Pierre Elkabach vous souhaitait "Bonne chance" au
nom d'Europe 1. En 2015, tout simplement aujourd'hui, merci de la part
d'Europe 1.
Mylène Farmer : Merci beaucoup.
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