Interview
diffusée dans
l'émission consacrée à
l'actualité
culturelle sur RTL le mardi 10 novembre 2015 entre 09h et 09h30.
L'entretien a été enregistré la veille
dans un palace parisien.
Interview pour la promotion de la sortie de l'album Interstellaires
réunissant Mylène, Sting et Martin Kierszenbaum.
Anthony Martin : Comment est
né le duo
Stolen Car ?
Mylène Farmer : C'est Sting qui m'a proposé cette
chanson. Il a tout de suite pointé Stolen Car et j'ai
trouvé que c'était effectivement une
très très bonne idée.
Sting : C'est une histoire compliquée. C'est un voleur qui
visualise les gens à qui il a volé la voiture :
un chef
d'entreprise prospère, sa maîtresse, sa femme.
L'ambiance
est très sexy. Il y a beaucoup d'émotion et
Mylène
est parfaite pour ça. Elle aurait pu jouer les deux
rôles.
Mylène Farmer : Pour autant, j'ai choisi la
maîtresse, pas la femme ! (rire)
Anthony Martin : Sting,
il y a forcément de la séduction dans une
collaboration...
Sting : La séduction, c'est un mot très fort.
Inspiration
convient mieux. Pour travailler avec quelqu'un il faut qu'il vous
inspire. Cette collaboration m'a beaucoup enrichi. Mylène a
vraiment amélioré ma chanson.
Anthony Martin :
Mylène Farmer ?
Mylène Farmer : Moi je répondrais que j'ai
toujours
aimé la musique de Sting, j'ai toujours aimé ses
compositions, sa plume qui est très très belle,
qui est
très poétique. C'est quelqu'un qui a un talent
inouï.
Anthony Martin : Une
complicité évidente...
Sting : Oui, on s'entend bien, professionnellement. Et puis, on rit
beaucoup ensemble. On s'aime bien.
Anthony Martin :
Mylène, est-ce
qu'on reste encore émerveillé en se disant :
"Voilà, je partage un bout de vie avec Sting" ?
Mylène Farmer : Chaque minute, bien évidemment.
C'est
quelqu'un qui est discret aussi, c'est quelqu'un de drôle. Je
crois que nous avons quelques points communs. Dans le moment, on va
dire de studio et d'enregistrement, quelque chose
d'immédiat, de
magique. Il a fait très peu de prises. Et c'est toujours
très très impressionnant.
Anthony Martin : Est-ce
que vous avez envie de pousser votre collaboration et de faire plus
qu'un duo ensemble ?
Mylène Farmer : Pas pour l'instant. Vivons dans le moment
présent. C'est déjà une tellement
belle aventure...
Sting : Est-ce que je pourrais composer avec Mylène ? Bien
sûr ! Bien sûr que je pourrais ! Pour moi, la
composition
est une chose assez intime, mais je pourrais. Oui, absolument ! Je suis
si seul ! (rire)
Anthony Martin :
Mylène Farmer et ses envies d'ailleurs... (à
propos du thème central de l'album Interstellaires,
l'espace, ndlr)
Mylène Farmer : Moi j'ai fait d'abord ce voyage toute seule,
que
j'ai partagé ensuite pour le plus grand monde. J'avais envie
d'espace, j'avais envie d'inconnu. Est-ce que c'est une forme de
libération ? Je ne sais pas ! Mais le voyage, le voyage
avant
tout. La liberté.
Anthony Martin : Vous
voudriez aller dans l'espace, Mylène ?
Mylène Farmer : Moi j'ai pas besoin ni de capsule pour y
aller. Je voyage... (rires)
Anthony Martin : Vous y
aller toute seule ?
Mylène Farmer : J'y vais toute seule (rires)
Anthony Martin:
Grâce à la tête, avec ce qui s'y passe,
votre imagination...
Mylène Farmer : Oui. Est-ce que vous avez vu la
nébuleuse
de l'aigle, par exemple ? Qu'on peut photographier aujourd'hui. C'est
prodigieux de voir ça, la voie lactée et
l'idée
qu'un jour, oui on pourra peut-être y vivre. C'est assez
passionnant, totalement effrayant aussi. Mais bon... (rire)
Anthony Martin : Sting,
est-ce que comme Mylène l'espace vous fascine ?
Sting : Non, non ! On a assez à faire avec le
présent.
Pas besoin de se projeter sur une autre planète. C'est un
non
sens. Moi ce qui m'intéresse c'est d'explorer l'esprit de
l'Homme. Donc, non je ne quitterai pas cette planète. Je
reste
ici. (rires)
Anthony Martin : C'est la
première fois depuis dix ans que Mylène Farmer
apparaît officiellement dans un livret d'album comme
co-compositrice de ses chansons.
Mylènre Farmer : Quand je travaille avec Laurent Boutonnat
il
m'arrive très très souvent de trouver les
mélodies,
ou du couplet, ou du refrain, ou de toute la chanson ou pas. Et c'est
exactement, finalement le même travail que j'ai
effectué
avec Martin.
Martin Kierszenbaum : C'est vrai, ça s'est aussi
passé
comme ça entre nous. Mylène s'est beaucoup
impliquée. On a fait simple. J'étais au piano et
Mylène était près de de moi.
Mylène Farmer : Comme moi j'étais effectivement
immobilisée comme j'ai eu une jambe cassée et que
ça m'imposait d'être alitée pendant de
nombreux
mois, Martin a eu la gentillesse de prendre un avion et de venir passer
quelque temps avec moi. Voilà, c'était pas main
dans la
main mais l'un en face de l'autre. Puis après, bon,
voilà, la magie on ne va pas vous la donner. (rire)
Anthony Martin : Vous
pouvez rassurer tout le monde : vous allez bien, j'en
témoigne.
Mylène Farmer : Oui, oui, je vais très bien, je
vous remercie. (sourire)
Anthony Martin : L'album Interstellaires sort dans le monde entier, une
première pour la chanteuse en trente ans de
carrière.
Mylène Farmer : Tout simplement parce que Martin qui est
à mes côtés qui est non seulement
compositeur,
producteur, a son propre label, patron de label. Et voilà,
il a
eu la gentillesse de me dire : "Pourquoi ne pas essayer de s'ouvrir un
peu au monde ?" Et je lui ai dit :"Pourquoi pas ? Prenons ça
non
pas comme un enjeu mais comme un amusement et pourquoi pas un
émerveillement."
Anthony Martin : Il
pourrait y avoir des concerts aux Etats-Unis ?
Mylène Farmer : Ça, je ne sais pas. Yes, please
(rire)
Anthony Martin :
Ça veut dire oui ?
Mylène Farmer : Peut-être. J'avoue que j'ai du
mal, moi
à me projeter dans l'avenir. Je suis plus du moment
présent. C'est plus ça...
Anthony Martin : Mais le
fait que
ça sorte aux États-Unis, vous allez y aller quand
même pour défendre les chansons et en parler ?
Mylène Farmer : Je crois que nous avons quelque chose
à faire aux États-Unis, oui.
Anthony Martin : Vous
accompagnerez Mylène, Sting ?
Sting : Oui, nous allons faire le "Tonight Show"
(présenté par Jimmy Fallon sur NBC, ndlr) le mois
prochain.
Anthony Martin : C'est la
première fois Mylène ?
Mylène Farmer : C'est la première fois, oui...
(rire)
Anthony Martin : C'est
bien de revivre des premières encore...
Mylène Farmer : Oui, oui...
Anthony Martin :
Mylène Farmer et Sting érigent en principe le
fait de refuser le conformisme.
Sting : C'est parce que je m'ennuie vite. J'ai donc besoin de changer
constamment dans ce que je fais.
Mylène Farmer : Moi, c'est l'uniformité des
genres qui
effectivement... Je suis comme Sting pour ça, je m'ennuie
très vite et je m'ennuie de moi-même aussi,
parfois. J'ai
besoin effectivement de renouveler. J'aime la différence.
J'aime
le blanc, le noir, le violet, le rouge, tout un.... Oui, besoin de
choses qui étonnent.
Anthony Martin : On
s'enferme tout seul parfois...
Mylène Farmer : Mais ce qui est vrai ! Souvent on est
emmuré dans des émotions, dans des sentiments,
des choses
qui vous empêchent de vous projeter. Ce pour quoi je disais
qu'on
n'avait pas besoin d'être derrière des barreaux
pour se
sentir et menacé et dans un état
d'étouffement.
Mais là, ça devient très tragique
comme
conversation ! (rire)
Anthony Martin : Sting,
vous avez aussi ça en commun, la liberté ?
Sting : Oui, on est libertins !
Anthony Martin : Sting,
Mylène dit souvent que ce qui lui arrive est un cadeau de la
vie...
Sting : C'est la même chose pour moi. Sans la musique, aucune
idée... je serais certainement mort. La musique m'a
sauvé.
Mylène Farmer : C'est ce qui nous réunit. Sans la
musique, c'est compliqué d'envisager sa vie, oui.
Anthony Martin : Et ce
que vient de
dire Sting est fort quand même.. (Mylène
acquiesce)
Probablement sans la musique, il ne serait peut-être pas
vivant... Vous comprenez ?
Mylène Farmer : Bien sûr !
Anthony Martin : Vous
pourriez dire la même chose, Mylène Farmer ?
Mylène Farmer : Oui, oui. Absolument ! Absolument !
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