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Mylène Farmer - Interview - Studio Gabriel - France 2 - 14 décembre 1995






Première interview et prestation en télévision de Mylène pour la sortie de l'abum Anamorphosée, sorti alors depuis déjà près de deux mois.

Emission enregistrée le 12 décembre, jour de la sortie du single L'Instant X avec un public essentiellement composé de fans.


Michel Drucker : Quelle ambiance ! Quelle ambiance! Ah oui! Elle arrive! Attendez, attendez, elle arrive, elle arrive! Mais j'aimerais d'abord que vous applaudissiez tous mes copains. (…)
Ecoutez, vous l'avez deviné, notre invitée est tout simplement Mylène Farmer. Mylène Farmer !


Venez chère Mylène.
Vous devriez venir, Mylène, plus souvent parce que vous savez emplir la salle avec les problèmes qu'il y a en ce moment dans la circulation (l'émission est enregistrée pendant une grève qui paralyse la France), c'est une performance et, grâce à vous, elle est vraiment remplie, avec des fans, y a pas d'autre mot,  des fans qui vous suivent depuis longtemps. Est-ce que vous les connaissez ? Vous savez qui écoute vos disques ? Vous les rencontrez de temps en temps ? Ils vous écrivent ?
Mylène Farmer : Oui, beaucoup. Beaucoup.


Michel Drucker : Vous en êtes à votre quatrième album. Ils vous suivent donc depuis déjà cinq ou six ans . La tranche d'âge, vous les connaissez ? Est-ce qu'il y a une majorité de fille, de garçons ? Statistiquement. Plus de vingt-cinq ans, moins de vingt-cinq ans? Des ménagères, des jeunes, des moins jeunes ? Vous ne savez pas ?
Mylène Farmer : Je crois que j'ai un peu de mal à répondre à cette question, si tant est qu'il y a beaucoup de jeunes, oui. Beaucoup de filles, beaucoup de garçons. Et je tiens à vous remercier.


Michel Drucker : Attendez, attendez. Mylène Farmer est une artiste qu'on ne voit jamais à la télévision, donc j'aimerais bien en profiter et lui poser quelques questions.  D'abord, c'est vrai : pourquoi on vous voit si peu ? Vous êtes quoi, quatre ou cinq artistes comme ça en France, qu'on ne voit pratiquement jamais. C'est parce que c'est un média qui vous fait peur ou parce que vous considérez que les disques sont faits pour être écoutés, les clips sont faits pour être vus dans certaines émissions, et que l'artiste n'a pas obligatoirement le besoin de venir parler au public ?
Mylène Farmer : Je pense, avant tout, que c'est un exercice qui est difficile pour moi. Et j'ai un petit peu de mal à parler de moi-même, donc c'est…


Michel Drucker : Le trac?
Mylène Farmer : Le trac aussi, et puis, puis le… (Mylène baisse la tête et silence..., ndlr)


Michel Drucker : Et, quand il s'agit de parler de votre CD, je crois quand même que, là, vous allez être beaucoup plus volubile. Mylène Farmer, Anamorphosée, c'est le quatrième. On ne vous avait pas entendue et vue depuis longtemps.  Vous étiez partie à l'étranger, aux Etats-Unis ?
Mylène Farmer : Oui . Je suis partie un an à Los Angeles, et puis un peu à New York également. Et puis j'ai surtout enregistré cet album,  c'est quand même un travail de longue haleine.


Michel Drucker : Alors, on en dit un petit mot de cet album. Douze titres qui, d'après "L'Express", sont "un adieu aux larmes".
Mylène Farmer : Ça, je ne sais pas, je me méfie toujours des choses très radicales comme ça. On m'a dit que c'était un album plus optimiste. Peut-être ! Mais j'aime les larmes aussi.


Mylène Farmer Studio Gabriel 14 décembre 1995 France 2


Michel Drucker : On va voir, pour la première fois, on va écouter L'Instant X  puisque, à chaque fois que vous faites un album, il y a évidemment des clips. Et c'est vrai que les clips sont aussi célèbres que vos CD parce qu'ils sont très bien faits. On va d'ailleurs en revoir pas mal tout à l'heure. Donc c'est la première fois…
Mylène Farmer : Oui.


Michel Drucker : Qui est monsieur Marcus Nispel ? (le réalisateur du clip L'Instant X , ndlr)
Mylène Farmer : C'est un réalisateur allemand, qui vit à Los Angeles je crois, et qui a réalisé de nombreux clips, jamais avec les français je crois, ou peut-être avec Alain Chamfort, et que j'aime beaucoup, qui a un grand talent.


Michel Drucker : L'Instant X, c'est le single, comme on le dit ?
Mylène Farmer : Oui, c'est le deuxième extrait de l'album.


Michel Drucker : On va l'entendre d'abord mais il y a quand même douze titres. Pour la première fois, en exclusivité, voici donc L'Instant X 


Diffusion d'un extrait du clip L'Instant X 


Michel Drucker : L'Instant X. Sans entrer dans la technique, moi j'ai vu la plupart de vos clips, on va en voir un petit montage exceptionnel dans un instant, ils sont tournés beaucoup en extérieur, donc vous dépendez beaucoup de la météo…
Mylène Farmer : Oui ! (rires)


Michel Drucker : Vous allez souvent dans les pays chauds, et souvent dans le froid, d'ailleurs…
Mylène Farmer : Souvent dans le froid.


Michel Drucker : Comment ça se passe ? Vous êtes dirigée, comme un metteur en scène dirige une comédienne, vous vous abandonnez complètement au metteur en scène ou est-ce que Laurent Boutonnat ou vous, vous vous mêlez de ce qu'on appelle le story-board, l'histoire; ou là vous donnez le CD au metteur en scène et c'est lui qui vous dit "Moi, j'attends ça de vous" ?
Mylène Farmer : Avec Marcus Nispel, c'est un petit peu différent. C'est vrai que je lui donne la chanson, et la nouveauté, c'est que je lui demande "Quelle idée avez-vous par rapport à ça ?". J'avais besoin, en tout cas envie, que quelqu'un m'amène quelque chose de l'extérieur, un nouveau regard. Quant au travail d'avec Laurent Boutonnat, j'ai fait quand même beaucoup, beaucoup de clips, et j'ai été très, très gâtée,  et là, c'était un travail commun, souvent, en parlant de l'histoire.


Michel Drucker : Comme vous venez rarement à la télévision, moi je voudrais en savoir un petit peu plus sur vous. Qu'est-ce que vous gardez comme souvenirs de vos dix années passées au Québec ? Moi, la première fois que j'ai entendu parler de vous, j'en ai entendu parler comme d'une québécoise, de quelqu'un qui avait grandi à Montréal…
Mylène Farmer : Je crois que j'irrite beaucoup de personnes parce que j'ai très très peu de souvenirs, si ce n'est aucun souvenir de mon enfance. Je crois le souvenir de la neige, en tout cas, j'ai retrouvé une sensation agréable.


Michel Drucker : C'est pour ça que la plupart de vos clips se passent dans le froid et dans la neige ?
Mylène Farmer : Probablement ! Mais très, très, très peu de souvenirs…


Michel Drucker : Et alors, ce qu'il faut savoir, c'est que votre première vocation, c'était la comédie. Vous avez pris des cours avec Mesguich, je crois, Daniel Mesguich. Votre première passion, ça a été le théâtre…
Mylène Farmer : Au Cours Florent, également.


Michel Drucker : Et puis, pourquoi vous avez bifurqué vers la chanson, avant d'y revenir puisque vous avez également tourné au cinéma ?
Mylène Farmer : Ce sont les hasards de la vie, et des rencontres, qu'on peut avoir, qui sont très très importantes. Et j'ai fait la rencontre de Laurent Boutonnat donc, qui voulait lui-même se diriger vers le cinéma, et était également compositeur, adorait la musique. Et nous sommes nés de la même chose, donc de la musique.


Michel Drucker : Alors, c'est vrai que vous ne feriez pas cette carrière s'il n'y avait pas Laurent Boutonnat. Vous parlez souvent de lui. On ne le voit jamais. C'est quelqu'un que je n'ai jamais rencontré. Qui est Laurent Boutonnat ? Quelle est sa formation ? Il est musicien bien sûr. Vous l'avez rencontré dans quelles circonstances ? C'est lui qui vous a donné envie de chanter ?
Mylène Farmer : C'est, j'oserais dire, par hasard. C'est un ami commun qui nous a réunis, et lui m'avait parlé donc de cette première chanson, Maman a tort.


Michel Drucker : Il est musicien au départ ?
Mylène Farmer : Il est de grand talent. Il est musicien, il est réalisateur, il aime l'image. C'est quelqu'un qui écrit bien.


Michel Drucker : Est-ce qu'on peut dire que votre carrière aurait pris un virage différent s'il n'y avait pas eu Laurent Boutonnat ? Est-ce qu'on peut dire que les clips, car quand on parle de vos clips, on ne peut pas ne pas parler de Laurent Boutonnat, est-ce qu'on peut dire que ce sont vos clips qui sont aussi à l'origine de votre succès ?
Mylène Farmer : Je crois que c'est un tout. Je crois que c'est très très important, en effet. Je crois que la musique est importante. Je pense que les mots sont très très importants; c'est une façon de dialoguer avec l'autre. Je crois que c'est un tout.


Michel Drucker : Et bien voilà un petit montage. On va aller des débuts, du premier album, jusqu'à "L'amour XXL" (sic). Voici un petit survol de votre carrière en clips, mais je crois que tous vos fans les connaissent, mais seront contents de les revoir.


Diffusion d'extraits des clips Pourvu qu'elles soient doucesLibertineJe t'aime mélancolie, Sans contrefaçon et XXL.


Michel Drucker : Moi, je voudrais une explication technique, ça, c'était "L'amour XXL", où vous êtes à l'avant d'une locomotive à vapeur. Ça a été tourné comment ?
Mylène Farmer : Ça, ça a été éprouvant pour moi !


Michel Drucker : C'est tourné où, ça ?
Mylène Farmer : À Los Angeles. Et j'étais réellement attachée, donc, à l'avant de ce train, et ce pendant près de quatre, voire cinq heures, sans pouvoir descendre du train, et le train roulait réellement, et parfois à vitesse rapide. Donc c'était assez étonnant.


Michel Drucker : Autre question, avant que j'oublie : quand est-ce que vous reviendrez sur scène ?
Mylène Farmer : Très bientôt ! (applaudissements)


Michel Drucker et Mylène Farmer Studio Gabriel 14 décembre 1995 France 2


Michel Drucker et Mylène sont rejoints par Gaël Leforestier et Benjamin Castaldi pour des chroniques musique et cinéma. Mylène reste présente jusqu'à la fin de l'émission, assistant aux différnetes chroniques et réagissant ponctuellement.

(...)

Michel Drucker : Vous aimez Nirvana ?
Mylène Farmer : J'aime beaucoup Nirvana, oui .


Michel Drucker : Comment vous définiriez leur musique ?
Mylène Farmer : Leur musique, je ne sais pas. Mais le chanteur, en tout cas, avait un charisme très étonnant et, assez exceptionnel.


Michel Drucker : Vous l'aviez rencontré ?
Mylène Farmer : Non, jamais.

(...)


Michel Drucker offre le CD de John Lee Hooker à Mylène.


Mylène Farmer : C'est une belle pochette.

(...)


Michel Drucker : Un petit mot : quel souvenir garderez-vous de votre dernier film, qui a été une longue aventure, qui est sorti il y a un an je crois, Giorgino ?
Mylène Farmer : Oui. Très électrique et très passionnant.


Michel Drucker : Vous recommencerez bien sûr ?
Mylène Farmer : C'est mon souhait en tout cas, oui.


(...)


A propos du film Le Président et Miss Wade, de Rob Reiner qui sort alors en salles.


Michel Drucker : Vous avez vu le film ?
Mylène Farmer : J'ai vu la moitié du film


Benjamin Castaldi : Elle est partie avant, c'est mauvais signe.
Mylène Farmer : Non, je m'étais trompée de séance, donc je suis entrée et le film était déjà commencé. (rires)


(...)


Présentation du film Smoke réalisé par Wayne Wang


Michel Drucker : Vous fumez, vous ?
Mylène Farmer : Oui.


Michel Drucker : Comment vous faites alors quand vous êtes dans un lieu public ?
Benjamin Castaldi : Comme tout le monde, elle se cache parce que c'est absolument impossible de fumer, ni dans les restaurants…
Mylène Farmer : Là-bas, c'est impossible, absolument.


Michel Drucker : Et quand vous allez aux Etats-Unis, dans les avions, vous tenez le coup pendant douze heures ?
Mylène Farmer : Oh oui, sans problème.


Michel Drucker : Vous mangez du chewing-gum ?
Mylène Farmer : Non ! (sourire)


(...)


Présentation du film Des anges et des insectes de Philip Haas.


Michel Drucker : Pour terminer avec le cinéma, quels sont les acteurs et les actrices français ou outre-Atlantique, étrangers, qui vous ont fasciné quand vous étiez petite fille, et qui vous fascinent encore ? Vos légendes, vos mythes ?
Mylène Farmer : Greta Garbo. Mais, plus récemment, j'aime beaucoup Robert de Niro, Al Pacino, Michelle Pfeiffer.


Michel Drucker : Et les français ?
Mylène Farmer : Français ? J'aime beaucoup... (longue hésitation) Gérard Depardieu. C'est facile.(rires)


Sketch de Laurent Gerra et Virginie Lemoine dans "Les Zap'tualités"


Michel Drucker : Je vous ai vu rire, de bon cœur. Merci beaucoup, chère Mylène. Je rappelle : Anamorphosée vient de sortir. Vous reviendrez sur scène quand ? Dans un an ?
Mylène Farmer : Je ne sais pas.


Michel Drucker : Vous reviendrez nous voir ?
Mylène fait un signe affirmatif de la tête. (Applaudissements).

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