Chris Cox - Interview

INTERVIEW DE CHRIS COX
DJ / Remixeur de Désenchantée, Q.I et Peut-être toi
Fanzine IAO (Octobre - Novembre 2005)



Quand et par qui avez-vous été contacté pour faire les remixes de Q.I ?
J'ai été contacté par Damien Fischetti de Polydor. J'avais déjà travaillé avec lui pour la compilation RemixeS (sortie en 2003, NDLR).


Un disque sur lequel vous aviez remixé Désenchantée. Vous l'aviez d'ailleurs signé sous le nom de Thunderpuss, le célèbre duo de remixeurs que vous formiez avec Barry Harris. Vous veniez pourtant de vous séparer, non ?
Oui. Mais lorsque le projet a été dealé, c'était pour Thunderpuss. Donc, même si j'ai fait ce remix tout seul, c'est le nom du duo qui a été crédité. C'est d'ailleurs un des derniers remixes signés Thunderpuss.


Vous connaissiez le travail de Mylène avant de travailler sur ces remixes ?
Vous n'allez pas me croire, mais je connais ses chansons, et j'en suis même fan, depuis 1992. Je l'ai découverte grâce à un copain à moi qui allait souvent en France.


Un américain ?
Oui. Il aimait beaucoup Mylène et l'écoutait souvent, ce qui m'a permis de la connaître.


Quelle est la première chanson d'elle que vous ayez entendue ?
Désenchantée. J'ai adoré. J'ai fini par me procurer l'album dont ce morceau était extrait. J'ai aimé immédiatement, même si je ne comprends pas le français; j'adore sa voix, les mélodies, le son de l'album. Je me suis surpris à passer le disque encore et encore, et à être à fond dedans. Depuis, j'achète chacun de ses disques. Et j'aime beaucoup cette artiste.


C'est rare qu'un anglophone s'intéresse à un artiste français...
J'adore découvrir des musiques que je ne connais pas. A chaque fois que je vais dans un pays étranger, j'aime aller dans un magasin de disques et acheter des CD des artistes locaux. Peu importe la langue, la musique est universelle. Elle relie les gens, passant outre leur race, leur religion ou leur couleur de peau.


Vous avez d'ailleurs déjà travaillé pour des artistes non anglophones...
Oui, bien sûr. Même si je ne comprends pas les mots, je ressens les choses via la mélodie; c'est une langue universelle que je sais parler.


Hormis Mylène, avez-vous déjà remixé des français ?
J'ai travaillé avec Bob Sinclar. Et Mirwais.


Je crois que vous avez travaillé avec Lara Fabian aussi, sur le morceau I will love again. Ceci dit, elle est belge (rires)...
Je la croyais canadienne...


Oui mais elle vient de Belgique.
Je ne le savais pas. Mais je savais que ses plus grands succés étaient français.


Vous avez travaillé pour de grandes stars. Est-ce plus satisfaisant que de faire des bidouillages undergrounds ?
Les deux sont intéressants. Quand tu bosses sur un hit radio, ça te met sous la lumière, donc ça te rapporte beaucoup de boulot et ça te permet de rencontrer des gens, stars ou pas, avec qui tu feras un travail intéressant dans le futur. Mais j'ai besoin de contrebalancer ça avec des projets plus undergrounds; c'est mieux pour la crédibilité au sein de la communauté dance. Il faut donc savoir trouver le juste milieu entre les deux. Mais c'est difficile: si tu ne fais que de la pop avec des grandes stars, et que tu as trop de succès, tu es vite jeté par le milieu et on te range parmi les DJ bouffés par le système, et si tu ne fais que de l'underground, tu rames pour payer ton loyer (rires).  Pour tout dire, j'ai appris à bosser à l'instinct. Je fais les trucs qui me plaisent, qui me passionnent.


A l'époque où vous avez découvert Mylène et appris à l'apprécier, avez-vous tenté de l'approcher ou d'entrer en contact avec son entourage pour travailler avec elle ?
Non .Sans prétention aucune, j'ai la chance que le travail vienne à moi depuis pas mal d'années; je n'ai sollicité personne depuis facilement dix ans. Pour le cas de Mylène, j'ai été approché par son label parce qu'ils aimaient mon travail. Un jour, j'ai reçu un mail de Universal France me disant qu'ils cherchaient des remixeurs internationaux pour le projet RemixeS et voilà... Je me rappelle qu'ils commençaient à me faire le laïus sur sa carrière, son parcours. Et je leur ai dit : "Pas la peine, je connais très bien le travail de Mylène Farmer." (rires) Je crois qu'ils étaient impressionnés, ou en tout cas surpris que je la connaisse.


C'est vous qui avez choisi de remixer Désenchantée pour ce projet ?
Oui ! Je leur ai demandé s'ils voulaient que je travaille sur un morceau en particulier ou si je pouvais choisir. Ils m'ont répondu que si je souhaitais une chanson bien précise, je pouvais leur dire. A l'evidence, Désenchantée était en tête de ma liste (rires). Par chance, la chanson était sur leur tracklisting et, comme j'ai été l'un des premiers DJ à être sollicités pour ce projet, elle était encore disponible.


C'est votre chanson préférée de Mylène ?
Oui. D'abord parce que c'est la première chanson de Mylène que j'ai entendue de ma vie. Et puis je trouve la mélodie magnifique. Elle me rappelle plein de bons souvenirs, donc j'étais très heureux de pouvoir travailler dessus.


C'est le plus gros tube de Mylène. Etait-ce une pression supplémentaire pour vous ?
Un peu parce que je savais que ce serait un des remixes les plus attendus par le public. A titre personnel, je sais que quand j'adore une chanson, je suis beaucoup plus critique quand on la remixe, y compris quand c'est moi qui le fais. Je n'avais clairement pas envie de décevoir. J'ai récemment travaillé sur un remix de Le Freak du groupe Chic, qui est une de mes chansons préférées de tous les temps, et ça a été très difficile nerveusement pour moi parce qu'il fallait trouver un son qui convienne au marché d'aujourd'hui, mais sans ruiner l'essence même de ce qui est devenu un vrai classique des dance-floors. Je ne peux pas ignorer ce genre de considérations quand je travaille sur une chanson qui s'est avérée être un énorme tube populaire.


Avez-vous eu des réactions de Mylène, de son entourage ou de ses fans après ce remix ?
Apparemment Mylène a aimé puisque j'ai été rappelé pour Q.I.


Vous arrive-t-il de jouer vos remixes de Mylène lors de vos sets aux Etats-Unis ?
Malheureusement non car le public américain est hermétique à tout ce qui n'est pas chanté en anglais. On peut éventuellement utiliser un petit sample en langue étrangère, mais pas une chanson en entier. Une chose que j'adore chez vous en Europe, c'est que vous n'avez aucun problème à écouter de la musique des autres pays. Dans une même soirée ici, je peux passer des chansons en allemand, en espagnol, en français, en anglais ou en italien, ça ne pose aucun problème.


Et d'ailleurs dans le monde, vous arrive-t-il de passer du Mylène ?
Oui, bien sûr. Surtout en Europe où Désenchantée a été un vrai tube. Je n'avais pas vraiment compris l'impact de cette chanson avant de la jouer à Paris;  la foule était hystérique sur ce titre. Je l'ai jouée à Mexico City aussi, devant 2000 personnes, et à ma grande surprise, l'ambiance est devenue simplement folle ! Les gens ont adoré !


Savez-vous que nombreux sont les journalistes à surnommer Mylène la "Madonna française"? Vous qui avez travaillé avec Madonna, qu'en pensez-vous ?
C'est marrant parce que je reviens de Grèce où j'ai fait un show avec Anna Vissi, une immense popstar là-bas, et elle est surnommée la "Madonna grecque" (rires). Je pense que dès qu'une chanteuse devient une mégastar, voire une légende, dans son pays, elle devient la Madonna de ce pays. Ça prouve l'immense impact planétaire de Madonna. Au-delà de cela, il est clair que quand Mylène porte des culottes, des soutiens-gorge ou des bustiers sur les pochettes de ses disques, ça amplifie la comparaison.


Comment avez-vous appréhendé le travail sur Q.I  ? Est-ce que Mylène ou sa maison de disques vous ont donné des directives ?
Non. Ils m'ont envoyé une copie de la chanson, et une copie avec juste la voix de Mylène. Et c'est tout. Je pense qu'ils aiment bien mon travail et qu'ils m'ont accordé une totale confiance.


Le fait de garder intacte la structure de la chanson (couplets & refrain), n'était-ce pas leur volonté ?
Non, c'était la mienne. Quand je suis engagé pour remixer un single, je pense bien sûr aux clubs, mais aussi à l'artiste et à son public. Je suis un fan des vocalistes et des chansons donc j'essaie de les respecter.


Vous pensez que ce n'est pas le cas de tous vos collègues ?
Beaucoup de DJ ou de remixeurs se contentent de sampler une phrase ou même un mot répété à l'infini sur une musique totalement différente de l'originale; je n'appelle pas ça un remix, c'est carrément une autre chanson ! J'ai envie de leur dire : "Hey les mecs, faites vos propres disques, mais n'appelez pas ça le remix de tel chanteur ou telle chanteuse !". Je ne vois pas en quoi ils servent les artistes.


Qu'avez-vous pensé de Q.I quand vous l'avez entendue pour la première fois ?
J'ai beaucoup aimé. J'avais juste un souci par rapport au rythme qui était assez lent. J'avais très envie de lui donner de l'énergie pour les clubs, mais je n'étais pas sûr de pouvoir y parvenir.


Et pourtant quelle réussite ! Saviez-vous que les radios françaises ont plus diffusé votre version que l'originale ?
Non, je ne savais pas ! En fait, dans la mesure où je suis en Californie, je n'ai pas trop d'échos sur la suite du projet. Le label m'a juste envoyé quelques exemplaires du maxi vinyl, mais c'est tout. Je n'ai pas vraiment de retours sur ce qui se passe en France.


Vos remixes ont-ils été acceptés d'emblée par Mylène et son entourage, ou avez-vous dû les remanier plusieurs fois ?
Ils les ont aimés à la première écoute, ce qui m'a grandement soulagé. Ils étaient très contents. J'ai seulement fait deux ou trois petits changements pour la version radio pour laquelle ils avaient quelques soucis avec certains niveaux de son qu'ils voulaient plus forts par ci, ou moins forts par là. Quant à la version club, elle a été acceptée immédiatement.


Etait-il prévu dès le départ que vous signeriez deux remixes de Q.I ?
Oui, on m'a demandé une version club et une version radio. Mais c'est comme ça que je travaille de toute façon: quand on me demande un remix, je fais toujours un club mix, puis un radio mix. Parfois je fais même un dub pour mes sets. Ce que je compte bien faire pour Q.I car j'aime beaucoup ce titre; je pense pouvoir faire quelque chose d'assez underground pour les clubs américains, sans les couplets et les refrains, en jouant avec le bridge chanté.


Vous qui avez travaillé avec les plus grandes stars de la planète, avez-vous senti un climat particulier autour de Mylène, un certain goût du mystère, voire une réelle paranoïa ?
Un peu. Mais je peux le comprendre car il est très difficile de garder une information secrète de nos jours. Quand un artiste très connu me demande un remix, je reçois des dizaines de mails de ses fans, à peine 24 heures après avoir terminé mon boulot ! Je ne sais pas comment c'est possible ! A force de travailler avec des gens très connus, je sais comment je dois me comporter: je suis respectueux de leur volonté de garder un projet secret, donc je n'en parle pas tant qu'il n'est pas sorti.


Ce n'est donc pas quelque chose de particulier à Mylène ?
Non. C'est commun à tous les artistes qui ont de nombreux fans à l'affût de toute info les concernant.


Avez-vous déjà rencontré Mylène ?
Non, mais j'aimerais beaucoup. Elle a l'air adorable. Je la trouve très belle, fascinante et bien sûr très talentueuse.


L'avez-vous eu au moins au téléphone, ne serait-ce que pour savoir ce qu'elle a pensé de votre travail ?
Non, je parlais avec son manager. Mais c'est souvent comme ça vous savez. Quand on me commande un remix, c'est souvent quand le disque est déjà prêt. Donc quand mon travail est fini, l'artiste est soit en pleine promotion, soit en tournée, soit en train de préparer un concert. Mon emploi du temps étant aussi ce qu'il est, on n'a pas trop l'occasion de se joindre.


Vous n'avez donc rencontré aucun des artistes que vous avez remixés ?
Si ! Mais pas tous. Enrique Iglesias, Whitney Houston, les Pet Shop Boys, Christina Aiguilera,...  Cher a été l'une des plus présentes et des plus adorables. De celles qui vous donnent envie de vous surpasser.


Et Madonna ?
Je ne l'ai jamais rencontrée dans le cadre du travail, mais j'ai dansé avec elle lors d'une soirée (rires).


N'est-ce pas frustrant de travailler indirectement avec les artistes ?
Je préfère à l'évidence rencontrer les gens, mais ce n'est pas toujours possible. Pour ce qui est de Mylène, je sais qu'elle est très occupée à Paris, et moi, à Los Angeles. Depuis mon remix de Désenchantée, je ne suis venu en France que deux fois, et de façon furtive. Mais je compte bien essayer de la voir la prochaine fois que je viendrai.


Peut-être en janvier prochain lors d'un de ses concerts à Bercy ?
Ce serait parfait, je suis justement à Paris en janvier !


Quels sont les remixes dont vous êtes le plus fier ?
Disons que beaucoup sont importants pour différentes raisons. Si je devais n'en retenir qu'un, ce serait peut-être It's not right, but it's okay de Whitney Houston (en 1998, NDLR), parce que c'est le morceau qui m'a ouvert toutes les portes et avec lequel ma carrière a pris une toute autre dimension.


Et si vous ne deviez retenir qu'un seul artiste avec qui vous avez travaillé?
Collaborer à différents projets de Madonna (Don't tell meWhat it feels like for a girlGHV2 megamixDie another day, NDLR), c'était un rêve vieux de quinze ans qui est devenu réalité. Travailler avec elle, ça a toujours été mon objectif.


Vous comptez collaborer à nouveau avec Mylène ?
J'aimerais beaucoup. Mais cela dépend d'elle et de son entourage. (Chris Cox remixera Peut-être toi en 2006, NDLR).


 

MF 24/7

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