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le 18/06/1986

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Mylène Farmer - Interview - 6 Minutes - M6 - 25 mai 1996






Brefs extraits de cette interview dans un reportage diffusé dans le JT du soir de M6, le jour de la première date du Tour 1996 à Toulon. L'intégralité de l'entretien est disponible grâce aux rushes du reportage.

Interview réalisée sur la scène du Zénith de Toulon, Mylène ayant pris place dans le grand fauteuil qui sera utilisé pour Libertine lors du show.

Depuis la sortie d'Anamorphosée, il y a sans doute des milliers de vos fans qui se sont plongés sur un dictionnaire pour découvrir la définition d''anamorphose'. Nous, on a regardé également dans un dictionnaire, on a vu que c'était une image déformée par un miroir courbe. Est-ce que cette notion d'anamorphose concerne, selon vous, votre propre image ou plutôt le regard que vous avez sur le monde ?
Mylène Farmer : Ce n'est pas l'idée de la déformation, mais plus l'idée d'un rassemblement. Donc pour moi, c'était une vision qui s'est élargie, et après pour n'en faire plus qu'une image épure. Une façon de rassembler toutes les choses et de concentrer.

Alors, vous venez de passer pratiquement un an à Los Angeles, je crois. (Mylène acquiesce) Est-ce que cette expérience a changé beaucoup de choses dans votre vie d'artiste ?
Mylène Farmer : Dans ma vie personnelle, dans ma vie d'artiste également, oui. J'ai changé moi-même. Le voyage m'a apporté beaucoup de choses : rencontres de certaines personnes, rencontres d'un pays. Je crois surtout une notion de liberté.

C'est un sentiment que vous avez découvert là-bas, qui est propre aux États-Unis ?
Mylène Farmer : Aux États-Unis, pendant cette période précisément, oui.

Est-ce que vous avez assisté à des shows aux États-Unis qui vous auront peut-être permis de vous inspirer de certaines expériences pour votre propre show ici ?
Mylène Farmer : Non. Du tout.

Vous n'êtes pas sortie ? Vous n'avez pas assisté à des concerts, là-bas ?
Mylène Farmer : Non, je suis très peu sortie. Je suis allée là-bas également pour enregistrer l'album donc il y a eu quand même une période de travail assez longue. Quant aux sorties, non, j'en effectue très très peu, et j'avoue que je n'ai pas eu l'occasion d'aller à un concert.

Est-ce que vous aviez besoin de cette coupure géographique aussi pour, dirons-nous, vous ressourcer et repartir avant cette tournée ?
Mylène Farmer : Oui, j'en ai eu besoin juste après le tournage du film (Giorgino, tourné en 1993 et sorti au cinéma en 1994, ndlr). J'avais un vrai besoin de voyages, presque perte d'identité, j'oserais dire. Et encore, l'envie de s'oublier soi-même un peu, oublier l'identité 'artiste', et à nouveau pour découvrir des personnes, des univers différents.

Alors, c'est sans doute la question qu'on vous a déjà beaucoup posée et qu'on va encore vous poser : remonter sur scène après sept ans d'absence, est-ce que ça procure cette fameuse sensation de vertige que l'on retrouve dans votre album ? (Mylène sourit)
Mylène Farmer ) : Oui, totalement ! Mais là, c'est un vrai vertige qui vous porte vers le haut. Donc, c'est... peut-être la première fois de ma vie où j'ai une vraie sensation, là encore, de liberté et de vrai plaisir.

Alors, est-ce que cette sensation de liberté, de plaisir, de sérénité - ça se sent aussi - est-ce qu'on la retrouve sur scène ? Est-ce que c'est une Mylène Farmer totalement différente qu'on retrouve sur scène ?
Mylène Farmer : Je ne sais pas. "Totalement différente", je pense que c'est un peu excessif, mais la dominante de ce spectacle sera le blanc, donc c'est quelque chose d'assez nouveau pour moi. Ma foi, après, quant à envisager ce show, je l'ai envisagé à peu près de la même façon que le précédent. J'ai eu envie de danseurs, j'ai eu envie de musiciens, bien évidemment, et d'un vrai spectacle.

Dix-neuf dates, en à peine plus d'un mois, c'est vraiment un rythme 'XXL'...
Mylène Farmer : C'est rapide, et à la fois, c'est peu, 22 dates pour une tournée, mais ça, c'est aussi un désir que j'ai eu. Avoir envie... là encore, c'est plus l'idée d'avoir des émotions qui sont violentes. La répétition me fait toujours un petit peu peur. L'idée de se lasser des choses, qu'on puisse se lasser de moi, aussi. C'est pour ça que j'ai souhaité une tournée assez courte.

Vous cherchez toujours à vous mettre un petit peu en danger, comme ça ?
Mylène Farmer : C'est presque le sens de ma vie, oui. J'aime le danger, j'aime les challenges. J'aime cette notion, oui.

Abel Ferrara pour réaliser California, Herb Ritts pour la pochette de votre album : vous avez pris de très grosses pointures. Est-ce qu'on retrouve des grosses pointures comme ça, sur scène, à vos côtés ?
Mylène Farmer : Il y a d'excellents musiciens qui m'entourent. J'ai de très, très bons danseurs. Ils viennent tous des Etats-Unis, non pas parce que les danseurs français ne sont pas bons, mais tout simplement j'avais envie d'un métissage, donc c'est plus facile aux Etats-Unis pour trouver ce métissage, cette différence de couleurs de peau. Je suis bien entourée. (réponse de Mylène diffusée sur M6 en 1996, ndlr)

Est-ce que ce spectacle va être, dirons-nous, un spectacle standard ? Est-ce qu'on va retrouver, de par peut-être les contraintes technologiques qu'il y a sur scène, les mêmes enchaînements, les mêmes mouvements sur scène, que ce soit à Toulon, à Bercy, ou à Bruxelles ? Ou est-ce que vous gardez une petite part à l'impro ?
Mylène Farmer : Il y a fatalement de l'improvisation, si ce n'est qu'il y a fatalement cet écran qui est derrière moi, et c'est malheureusement ou heureusement des choses qui sont 'time codées', donc on est obligé d'avoir quand même une structure qui est très établie. Maintenant, l'improvisation sera là, bien évidemment. Quant au spectacle, il sera le même à Paris, en province. Ça, c'est vraiment un souhait que j'ai également de présenter le même spectacle aux parisiens comme aux provinciaux.

De quelle façon est-ce que vous avez participé à la construction de ce show ? Mylène Farmer : Investissement total. Tous les départements. Je m'intéresse à tout. J'aime m'entourer de talents. C'est ce qui s'est passé, là, pour la musique, pour les danseurs, pour l'écran, pour les images, pour la conception d'images. La mise en scène m'intéresse également. Mais j'ai toujours à mes côtés Laurent Boutonnat.

Vous êtes le boss sur scène ou vous vous laissez guider par des gens qui ont une expérience de la scène ?
Mylène Farmer : Les gens, certainement pas ! Je peux me laisser guider par Laurent Boutonnat, mais j'avoue que j'ai besoin de discuter, j'ai besoin de donner mon opinion, j'ai besoin de toutes ces choses.

Le fait que vous commenciez cette tournée à Toulon... c'est une ville qui a fait couler beaucoup d'encre, notamment dans le milieu de la chanson (suite à l'élection d'un maire membre du Front National, ndlr). Certains artistes acceptent de se produire ici, d'autres non. Est-ce que ça change quelque chose pour vous, ou pas ?
Mylène Farmer : Non, puisque j'y suis (sourire) !

Vous y avez pensé un petit peu ?
Mylène Farmer : Pas réellement, mais je connais effectivement ces anecdotes ou ces choses réelles. Maintenant, le spectacle est le spectacle. Ce n'est pas à moi de déterminer si je...(Mylène hésite) Mon devoir, enfin 'mon devoir', c'est un bien grand mot, en tout cas mon plaisir, c'est d'être là, à Toulon comme ailleurs.

Cette tournée, qu'est-ce qui pourra vous donner la sensation que c'était une réussite à son issue ? Est-ce qu'il y a des révélateurs, comme ça ?
Mylène Farmer : Quand les choses se... trouver l'idée du puzzle. Par exemple, quand tous les départements commencent à se former et bien se former. Et puis je crois que c'est surtout une ambiance également, et là j'avoue que j'ai une chance énorme que d'avoir réuni des personnes qui sont - encore - de talent, mais aussi de qualité humaine très très importante.

Comment vous vous sentez à quelques jours du début de cette tournée ?
Mylène Farmer : Traqueuse ! Traqueuse ! Mais heureuse ! Heureuse de le faire, en tout cas. (réponse de Mylène diffusée sur M6 en 1996, ndlr)

OK ! Bien, bonne chance ! Merci beaucoup.
Mylène Farmer : Merci beaucoup.


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