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Mylène Farmer - Interview - Podium - Février 1992



  • Date
    Février 1992
  • Média / Presse
    Podium
  • Interview par
    Véro Dodat
  • Fichiers
    Mylène Farmer - Podium - Février 1992 Mylène Farmer - Podium - Février 1992  Mylène Farmer - Podium - Février 1992  Mylène Farmer - Podium - Février 1992
  • Catégories interviews



Podium : Pourquoi donnez-vous aussi peu d'interviews ?
Mylène Farmer : C'est une façon de me protéger. D'abord, c'est plus une contrainte qu'un plaisir. Je n'ai pas envie de me justifier à tout moment sur tout ce que je fais. Et puis, je n'ai pas envie que ma vie devienne un lieu commun. En plus, je ne suis pas une intellectuelle, je n'ai pas à donner mon avis sur tout. J'écris des chansons, je les interprète et, tout ce que j'ai à dire, je le chante. C'est mon écriture.


Podium : Justement, dans votre dernier album, vous chantez encore la douleur et la mélancolie... C'est une ligne de conduite ?
Mylène Farmer : Je chante ce qui me touche, ce qui me poursuit, ce qui me hante. Mais d'Ainsi soit je... à L'autre..., il y a une ouverture. Vers l'indéfini... Tellement de choses dans la vie font qu'on évolue, quoique je n'aime pas tellement ce mot, cela a un petit coté médical. Il est certain que mon expérience de la scène a beaucoup compté dans l'écriture de mon deuxième album. De toute façon, je ne sais que parler de moi, de l'autre à travers moi...


Podium : Vous êtes toujours emmitouflée...
Mylène Farmer : J'adore l'hiver. Je trouve les gens plus beaux, Paris plus beau. L'été, j'ai du mal à m'habiller parce que j'aime bien mettre des choses superposées, qui me cachent. Je déteste l'été, les vacances, le soleil, je trouve ça vulgaire... Peut-être aussi parce que le soleil ne m'aime pas tellement !


Podium : Vous vous protégez énormément, vous ne sortez pas beaucoup. Avez-vous changé d'attitude depuis ce dramatique accident chez Polydor, survenu il y a deux mois ? (Un fan de Mylène Farmer, désespéré de ne pas pouvoir la rencontrer, s'est précipité chez Polydor avec un fusil trafiqué et a tué le standardiste.)
Mylène Farmer : On m'a proposé de me protéger, j'ai refusé. Dans ces cas-là, on ne pense pas à soi, à ce qui pourrait vous arriver, mais à la famille en deuil, à cet homme qui est mort et qui n'y était pour rien. Devant un tel drame, on se sent totalement dépossédé de mots et de moyens. On culpabilise, forcément. Cette mort est tellement injuste...


Podium : Vous aimez beaucoup le noir, le blanc, le gris. Et chez vous, c'est comment ?
Mylène Farmer : Rouge et noir. Et les plafonds sont blancs. Je suis extrêmement maniaque quant à l'emplacement des objets ! De toute façon, je ne suis pas très "bibelots", il y a assez peu de choses. Je vis toujours avec mes deux singes, E.T. et Léon. Mais ils sont bien élevés ...


Podium : Vos clips avec Laurent Boutonnat racontent à chaque fois une histoire. Vous songez depuis un certain temps déjà à faire du cinéma ?
Mylène Farmer : La chanson est venue à moi par hasard, il en sera certainement de même du cinéma. Pour l'instant, les rôles qu'on m'a proposés ne me plaisaient pas vraiment. Donc j'attends toujours.


Podium : Qu'aimeriez-vous interpréter ?
Mylène Farmer : Le rôle d'une autiste. Ou celui de La Fille de Ryan, de David Lean, j'adore ce film, je le regarde sans cesse. Et puis, tout ce à quoi je n'ai pas pensé...


Podium : Et l'écriture ?
Mylène Farmer : Le format chanson me convient parfaitement et me suffit. Je n'ai aucun talent pour écrire quoi que ce soit d'autre.


Podium : Vous avez trente ans. Vous songez quelquefois au mariage, aux enfants ?
Mylène Farmer : Le mariage, c'est une belle chose mais ce n'est pas le plus important pour l'instant, pour moi. Je n'ai pas besoin de cet anneau pour aimer. Quant aux enfants, je ne saurais pas les aimer, je ne me sens ni la force, ni l'espoir, ni les capacités de faire des enfants.


Podium : Votre dernier album parle de la foi, du mysticisme, et est beaucoup plus ésotérique qu'érotique. Croyez-vous en Dieu ?
Mylène Farmer : Je ne crois pas du tout, mais j'aime ce mot et ce qu'il évoque. On est toujours en quête de quelque chose après tout, non ? Comme disait Cioran : "Le vide s'appelle Dieu...". Je me souviens des cours de catéchisme, des leçons à apprendre par cœur : c'est terrible. On notait l'aptitude des enfants à croire en Dieu, c'est terrible ! Je suis violemment anticléricale, tout cela n'est pas pour moi.


Podium : Acceptez-vous la critique ?
Mylène Farmer : Bien sûr, quand elle est justifiée (elle rit). Je suis très dure pour moi-même, et si dure que je peux un jour décider de me taire définitivement. Mais j'ai besoin du public, besoin de réponses et j'ai l'honnêteté de le dire. Je ne crois pas au créateur qui n'a pas besoin de se sentir aimé. Ce métier est ma seule raison de vivre. Si je ne rencontre plus le public, je m'effacerai.

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