Podium :
L'après Bercy Mylène
Farmer : Je crois qu'on n'a pas le choix.
Je n'apprendrai rien à personne en disant que c'est
difficile... C'est un moment de vide et non pas de doute. Une absence
d'idées quant à une écriture pour un
autre album. C'est pour cela que j'ai laissé passer un peu
de temps avant de me remettre à écrire. C'est
difficile d'envisager d'écrire après un moment
pareil... Le retour au quotidien a été un peu
à l'image d'une dépression, mais
j'étais quand même relativement
entourée. Mais tous ces états de choses
très puissants et puis rien, c'est presque inhumain. Tout
artiste est amené à vivre cela
heureusement ou malheureusement. Podium : La vie
d'une star Mylène
Farmer : Je suis très
protégée par rapport à ce qu'on
appelle le star-system. Je fais très peu d'interviews parce
que mon souhait n'est pas d'être dans tous les magazines, sur
toutes les couvertures. Pareil pour ce qui est de mes prestations
télé, je préfère les choses
parsemées à la surmédiatisation. Je
n'aime pas parler de moi, je n'aime pas me raconter... Podium : Sur
scène, des rires et des larmes Mylène
Farmer : La scène est un moment unique.
Sur scène, on concentre toutes les émotions, tous
les états, autant d'éléments qui font
quinze ans de votre vie. Tout est rejeté et
balancé comme ça, en deux heures de temps. Il est
normal que nous ne soyons plus la même personne que dans la
vie de tous les jours. C'est un moment et un endroit
privilégiés pour pouvoir exprimer tout cela. Je
n'ai pas de projets immédiats de scène. Je
souhaitais sortir un album et attendre un peu pour la scène.
Je ne veux pas de ce phénomène scène -
album, album - scène. J'ai très peur de la
répétition des choses rapprochées. Podium : Un projet
de film Mylène
Farmer : Moi, je n'en ai jamais parlé, des
bruits ont couru... La presse s'empare de choses et c'est assez
difficile ensuite de s'expliquer. C'est un projet de Laurent Boutonnat.
C'est très dur et très long de monter un film. Ce
n'est pas encore pour maintenant, peut-être demain ? En tout
cas, c'est quelque chose que j'ai envie de faire. Podium : Devant la
feuille blanche Mylène
Farmer : Pendant les deux, trois mois qui ont suivi
la période de scène, j'ai complètement
laissé la feuille blanche et le crayon. J'ai
essayé de me ressourcer, de lire des poètes comme
Reverdy, Dickinson, l'intégrale de Cioran... Je m'y suis
plongée complètement. Et de
m'intéresser à autre chose qu'à mon
métier, ce qui est très difficile
d'ailleurs (rires). Finalement j'ai fait beaucoup de promotion
à l'étranger. Une façon de ressentir
des choses différentes. J'ai un petit peu voyagé
et après j'ai recommencé à penser
à l'album. Ce nouvel album est la suite de ma vie, de mes
émotions. L'évolution est évidente
dans la mesure où je progresse dans le temps.
J'espère aussi progresser dans mon travail. Podium : Une
deuxième naissance Mylène
Farmer : J'ai cette sensation d'être morte
sur scène en la quittant, je voulais envisager cela comme
une nouvelle naissance. Dans l'album, je parle de moi car je crois
être incapable de parler d'autre chose. Ce n'est pas mon
propos de parler de l'actualité, même si
l'année passée a été
bouleversante. Il est évident que les choses
extérieures me touchent, mais moi j'ai besoin de mes propres
émotions pour pouvoir écrire. Cet album est la
suite d'un portrait. Podium : Bonheur et
désenchantement Mylène
Farmer : Le succès comble, effraye aussi
mais de là à engendrer le bonheur, non, en aucun
cas. Mais est-ce grave ? Je ne crois pas non plus. Je suis un peu
revenue de tout cela. Je ne peux pas parler du bonheur, même
si par moment je dois le frôler mais peut-être sans
le savoir non plus. J'aime la tristesse aussi. Peut-être que
cela me tiraille un peu plus que le bonheur. Podium : La peur de
la chute Mylène
Farmer : Moi, je suis obsédée
par la mort des choses que ce soit des sentiments, des personnes, donc
fatalement je pense à la chute. Cela fait partie des choses
inhumaines mais sans cela la création n'existerait pas non
plus. Il faut peser le pour et le contre et faire avec. En tout cas je
saurai me retirer à temps, c'est sûr. A la sortie
d'un album je suis toujours anxieuse mais en harmonie parfaite avec ce
que j'ai pu y mettre dedans. Même si on a toujours
l'impression que l’on peut faire mieux. Un album, c'est
important quoi qu'il arrive... Podium : Une
nouvelle décennie Mylène
Farmer : Je n'attends rien de plus que des
années passées... Rien, rien... Si ce n'est de
continuer de travailler comme je le fais. Je ne sais pas du tout ce que
me réserve l'avenir ! Podium : L'univers
de l'enfance Mylène
Farmer : Dans le clip, il y a cent enfants, des
enfants très, très marqués. On a
choisi ces enfants pour représenter une innocence ou
peut-être des enfants à qui on n'accorde plus
d'innocence par rapport à cette
génération consciente des choses difficiles de la
vie. Ces enfants n'ont plus rien à perdre, ils sont en
révolte, une révolte qui mène sur le
rien... Ils portent quelque chose en eux qui est très grave.
C'est pour cela que nous sommes allés tourner dans un pays
de l'Est. Quant à l'enfance, je crois que je ne voudrai
jamais la quitter, et je crois qu'elle ne me quittera jamais non plus.
L'âge adulte m'ennuie profondément, je
préfère rester dans la catégorie de
l'enfant. Podium : Une
nouvelle tête Mylène
Farmer : J'ai simplement coupé mes cheveux
parce que j'avais envie de changer de tête. Cela fait partie
aussi de la naissance. J'en avais assez des cheveux longs, c'est tout !
La couleur n'a pas changé, j'ai trouvé cette
couleur et elle fait maintenant partie de moi. Je ne vais pas changer.
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