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Mylène Farmer - Interview - Salut - 10 avril 1991



  • Date
    10 avril 1991
  • Média / Presse
    Salut !
  • Interview par
    Sébastien Flyte
  • Fichiers
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  • Catégories interviews



Salut : Après que les grilles se soient refermées sur vous pour la dernière fois à Bercy, que s'est-il passé ?
Mylène Farmer : Beaucoup de choses peu exprimables. J'ai eu un peu de mal à gérer mon temps. J'ai eu des périodes un peu difficiles comme toute personne qui quitte un public et des émotions. Je crois que j'ai lu, beaucoup de poésie. J'ai surtout pensé en fait à faire un autre album.


Salut : Vous vous êtes remise au travail tout de suite ?
Mylène Farmer : Non, j'y ai pensé mais sans prendre ma plume. J'ai attendu un peu parce que je me suis aperçue que quand on sort d'états d'émotions fortes, ce n'est pas forcément le bon moment pour écrire. J'ai laissé venir pendant quatre-cinq mois. J'ai attendu. Il faut que ça vienne naturellement, ce n'est pas moi qui calcule. Comme je travaille avec Laurent Boutonnat il faut que ce soit une envie commune. On a besoin de souffle aussi pour créer. En fait, c'est ça, quand on sort de scène, on perd son souffle. Il y a cette peur de ne pas être capable de refaire quelque chose. Et puis il faut se nourrir un petit peu aussi !


Salut : De quoi vous êtes-vous nourrie ?
Mylène Farmer : Très bonne question ! J'ai beaucoup lu, énormément de poésie. Beaucoup de réflexion. Pas des choses forcément palpables. J'ai découvert la peinture, je m'y suis intéressée et ça demande du temps. Et puis ma foi j'ai fait tout ce que je n'avais pas pu faire pendant un an et demi, c'est-à-dire aller au cinéma ou passer des journées à ne rien faire. Ce qui n'est pas formidable d'ailleurs ! (Rires).


Salut : Lors de cette première tournée, vous avez rencontré votre public. Comment l'avez-vous trouvé ?
Mylène Farmer : Je pense que j'ai été très gâtée. Maintenant, est-ce que j'ai mis un visage sur mon public, je ne pense pas. Si ce n'est ce qui peut nous réunir, c'est-à-dire une quête d'émotions, que j'espère fortes.


Salut : Des émotions fortes, il y en avait beaucoup dans ce spectacle !
Mylène Farmer : Oh oui. C'est ce qui fait que c'est difficile après, quand il n'y a plus rien.


Salut: Au milieu de la tournée est sorti le single "A quoi je sers…". Est-ce que ça n'est pas paradoxal de se poser ce genre de questions quand on donne des concerts avec un tel succès ?
Mylène Farmer : Très sincèrement je ne pense être utile à personne. Ce serait très prétentieux de ma part. Je pense qu'on peut réunir des personnes autour d'une émotion. Maintenant avoir des gens aussi chaleureux en face de moi chaque soir, ça ne m'empêche pas de me demander à quoi je sers.


Salut : Quels étaient vos rapports avec votre troupe ?
Mylène Farmer : On a formé une équipe qui me semblait la meilleure, en tout cas pour ce spectacle, avec des joies et des tristesses. Ça s'est très bien passé, on n'a pas eu de mauvaises surprises. Maintenant on sait aussi que c'est pour un temps déterminé et ce que sera l'après-demain. Et il y a fatalement des gens avec qui on est plus proche que d'autres. C'est un état animal, on a besoin de créer sa meute !


Salut : C'est votre amour des animaux qui transparaît, là !
Mylène Farmer : Oui, probablement. (Sourire).


Salut : Est-ce que vous êtes aussi instinctive dans vos relations habituellement ?
Mylène Farmer : Oui, très instinctive. Je ne me fais pas de compliments, mais je sais que j'ai ça pour moi, en tout cas pour mon bien-être. Je perçois assez vite les personnages avec qui je peux m'entendre et ceux avec qui c'est impossible.


Salut : Parlons du nouveau single. Quand vous chantez "Je suis une génération désenchantée", vous faites allusion à la vôtre ou à celle qui suit, celle de votre public ?
Mylène Farmer : Je dis que c'est moi qui suis, qui me sens d'une génération désenchantée. En aucun cas je ne dis "Nous sommes une génération désenchantée". C'est ma génération et c'est aussi celle qui suit, celle des gens qui m'écoutent.


Salut : Désenchantée par quoi ?
Mylène Farmer : C'est un refus de se mentir. Je ne veux pas faire de généralisation mais depuis que je suis née, je vis dans cet état d'esprit. C'est vrai que les temps s'avèrent de plus en plus difficiles. Mais finalement c'est plus un constat qu'une rébellion. Même si j'ai des envies de rébellion.


Salut : (Le clip "Désenchantée")
Mylène Farmer : On est allé tourner le clip de "Désenchantée" en Hongrie parce qu’on voulait des paysages de neige. Et puis il y avait cette envie de partir de France, en tout cas de sortir de son cocon parisien. Et c’est toujours étonnant de prendre son baluchon et d’aller dans un pays qu’on ne connaît pas et d’être confronté à une autre culture, une autre façon d’envisager les choses et de travailler. On a réuni là-bas une équipe très agréable, très professionnelle. La Hongrie développe beaucoup de moyens pour le cinéma. Il y a cent figurants dans le clip, on voulait des enfants qui portent quelque chose de grave en eux (elle passe sa main devant son visage pour évoquer un masque) quelque chose de violent. Le clip se passe dans un univers carcéral. En tout cas, il y a une autorité autour de ces enfants. Et ils vivent d’une telle façon qu’ils n’ont plus grand chose à perdre. Ils ont une idée de révolte qui aboutit à… je vous laisse la surprise !


Salut : L'album s'appelle "L'autre... ".
Mylène Farmer : C'est aussi une des chansons de l'album. "L’autre" suppose beaucoup d'autres. Ça peut être l'autre moi. Ça peut être cette chose qui n'a pas d'enveloppe physique et qui est au dessus de vous et qui va vous aider, vous diriger parfois, vous contrarier aussi. Ça peut être l'autre, une autre personne. J'ai essayé de trouver un mot qui puisse évoquer beaucoup de choses. Ça peut être aussi la schizophrénie pourquoi pas ? (Rire).


Salut : Parlez-moi un peu de cet album que je n'ai pas entendu...
Mylène Farmer : C'est un peu dommage. C'est vrai que finalement j'aurais préféré que vous, vous me disiez des choses dessus, plus que moi qui n'aie aucun recul par rapport à cet album. La seule chose que je puisse dire c'est que c'est la même veine. C'est la même personne qui a écrit, la même personne qui a composé. Il y a probablement un changement, pas de fond, mais peut-être de forme. Les thèmes restent les mêmes. Tout créateur se répète inlassablement et inexorablement. C'est normal.


Salut : Maintenant que l'album est fini, songez-vous à refaire une scène ?
Mylène Farmer : Si je dois remonter sur scène, ce sera peut-être beaucoup moins spectaculaire ou en tout cas différent. Mais pour l'instant, ce n'est pas le temps de la scène, je le sais. Et je n'ai pas envie de rentrer dans ce train-train de faire un album, faire une scène, etc. Quand on parle de nourriture, j'en ai besoin aussi pour monter sur scène. Un album, des mots ne suffisent pas : il faut que je vive d'autres choses. Peut-être que je complique beaucoup la situation, mais ça c'est très personnel. (Sourire). Donc pour l'instant je ne pense pas à la scène. Demain je vais peut-être changer.


Salut : Comment se déroule une de vos journées quotidiennes quand vous n'êtes pas sous l'œil du public ?
Mylène Farmer : Je vous répondrai qu'elle est probablement banale, donc il n'y a probablement pas d'intérêt à en parler. (Rires). Elle doit être très banale je crois. Je dois manger, dormir, penser, pester !


Salut : Vous pestez ?
Mylène Farmer : Ça m'arrive (Sourire).


Salut : Je vous imagine très mal en train de pester !
Mylène Farmer : Méfiez-vous du loup qui dort ! (Rires).


Salut : Pour en finir, pensez-vous vraiment que "la vie est triste comme un verre de grenadine" ?
Mylène Farmer : C'est un peu ça oui. Triste elle l'est. Et est-ce qu'un verre de grenadine est pétillant ?

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