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Mylène Farmer et Feder - Interview - Alouette - 23 décembre 2018



  • Date
    23 décembre 2018
  • Média / Radio
    Alouette
  • Interview par
    -
  • Fichier
  • Catégories interviews
    2018-Désobéissance ; Paris La Défense Arena 2019


Interview de Mylène et Feder enregistrée quelques jours avant sa diffusion dans un palace parisien. Elle est diffusée entre 22h et 23h dans une émission spéciale sur Alouette.
Interview pour la promotion de l'album Désobéissance dont une réédition en coffret est sortie le 30 novembre, ainsi que pour les concerts de juin 2019 à Paris La Défense Arena.



Le déclic pour proposer l'album Désobéissance ?
Mylène Farmer : L'envie de travailler, l'envie de créer, l'envie de se réinventer et l'envie de rencontrer Feder.

Qu'est-ce qui a fait que vous avez eu envie de travailler avec Feder et pas un autre ?
Mylène Farmer : Parce que les choses arrivent comme ça dans votre vie. J'avais envie... je connaissais Feder, je connaissais sa musique. Je ne le connaissais pas personnellement et j'ai demandé à mes proches, mon entourage qui travaille avec moi à mes côtés s'ils pouvaient contacter donc le management, donc Feder, et puis voilà, il a répondu : "Oui, j'aimerais aussi la rencontrer", et nous nous sommes vus dans son studio.


Difffusion de Sentimentale.


La réaction de Feder quand Mylène Farmer a tapé à sa porte ?
Feder : Je crois - d'ailleurs, je m'en rappelle - avoir demandé, peut-être dans un premier temps, qu'on se rencontre dans un studio, studio de la Seine ou quelque chose comme ça, parce que j'étais un petit peu mortifié à l'idée de convier Mylène dans mon studio... voilà, à l'époque ça n'était pas du tout un studio pro. Et c'est vrai que... Justement, la réponse que j'avais eue, c'était que tu préférais justement le côté un peu plus intimiste, et j'avais apprécié, mais ça m'avait mis une double pression (rire de Mylène), parce que justement j'avais envie de dire à Tommy : "Mais est-ce que tu penses qu'elle est au courant que j'ai pas du tout les mêmes studios ?"  Donc voilà, c'est vrai que j'étais effectivement impressionné, j'ai mis du temps, et du coup j'ai travaillé deux fois plus pour, au lieu de montrer le décor, plutôt montrer des démos, essayer de "focus" sur quelque chose. C'est ce qui s'est passé, et en fait, la rencontre s'est super bien passée. Je pense que Mylène m'a très vite détendu, et on a pu parler de choses sérieuses très rapidement et faire connaissance aussi dans la foulée. Les choses sont venues assez naturellement, et c'était un vrai plaisir pour moi aussi.

Une rencontre fusionnelle ?
Mylène Farmer : Ah ! Totalement ! Totalement ! Je crois que ça s'est passé très très vite. On est allé dans le vif du sujet très très vite. Hadrien m'a fait écouter des musiques qu'il avait déjà en boite, si je puis dire, pour la plupart achevées, certaines inachevées, et j'ai eu la chance de pouvoir lui dire : "Celle-ci, je veux absolument celle-ci !". Et, le démarrage fut avec Rolling Stone. Je lui ai volé cette chanson, cette musique et je lui ai dit : "Je veux absolument la faire et travailler dessus", et c'est arrivé très, très vite. Il m'a dit assez vite : "C'est possible".
Feder : Oh oui, oui, bien sûr !
Mylène Farmer : Et voilà !

Comment vous avez travaillé votre collaboration ? C'était ensemble dans le même studio ou alors des échanges de sons...
Feder : Ça dépendait. Ça dépendait vraiment, en fait. Les moments où on pouvait se retrouver, on le faisait. Sinon, ce que je faisais, c'est que s'il y avait des bribes d'idées d'instrumental, j'envoyais tout de suite que ce soit une minute, une minute trente avec, voilà, non pas des notes d'intention, mais déjà de toute manière, généralement, je t'appelais en fait, parce que je pense qu'il n'y a pas mieux pour expliquer quelque chose, quitte à bégayer au moment de le présenter... Parce que, voilà, typiquement, sur un titre qui sortait un petit peu du lot, qui est devenu Prière, j'avais des doutes sur la construction. Et en fait, j'appelle Mylène, je lui dis : "Je te préviens, ce titre-là, il est particulier, mais je me suis dit que c'était clairement ton univers, donc dis-moi ce que tu en penses". Et en plus, tu m'as fait un petit peu attendre parce que je me souviens, je crois que tu étais dans les bouchons, donc : "Hadrien, je peux pas écouter, j'ai pas de casque, tout ça...". OK ! Pas de soucis, je comprends. Mais moi, de mon côté, j'étais au taquet, vraiment. Je me dis : j'ai hâte de voir si ça peut fonctionner. Et donc, Mylène rentre d'un rendez-vous, écoute le titre, me rappelle, et effectivement il y a eu le charme aussi qui a fonctionné, et c'est ce qui mettait en confiance pour la suite de l'album.
Mylène Farmer : C'est quelqu'un, quand on rentre dans son univers - aussi petit soit-il, puisqu'il évoquait son studio - c'est quelqu'un qui a une vraie curiosité de l'autre, c'est quelqu'un qui a envie de réinventer les choses, c'est quelqu'un de très, très enthousiaste, qui vous communique quelque chose. C'est quelqu'un qui est dans le souci du détail, ce qui est important pour moi aussi. Et c'est quelqu'un qui travaille énormément. C'était et c'est une rencontre qui est vraiment joyeuse et passionnante. Très très vite il y avait un climat de confiance et de générosité de sa part, c'est-à-dire qu'il laisse vraiment la place aux mots, aux intentions et il se dit : "Tiens, pourquoi pas ?". Il réfléchit et se dit : "Ben oui, finalement c'est très bien". Il n'y a jamais eu de bagarre, il n'y a jamais eu de… Dieu merci, d'ailleurs !


Diffusion de Rolling Stone.


Mylène Farmer, grande admiratrice de Charles Baudelaire.
Mylène Farmer : Après L'Horloge, j'ai voulu me pencher sur Au Lecteur, parce que je crois qu'il parle à chacun d'entre nous, les lecteurs de Baudelaire. C'est sur la condition humaine, c'est sur la mort, sur le mal, sur la religion : autant de thèmes qui, moi, me sont chers. Et je trouve que ce poème est non seulement magnifiquement écrit, mais qu'il perturbe, qu'il bouleverse, qu'il interpelle, et c'est important pour moi de générer ces émotions, émotions que j'ai, moi, au moment de la lecture et de l'enregistrement.

Alors, mettre de la musique sur un texte de Baudelaire lu par Mylène Farmer, la classe !
Feder : Mais tu veux savoir... En fait, j'ai pas tant de mérite que ça, parce que j'ai fait une mélodie, et c'est Mylène qui s'est dit tout de suite que ça serait ce texte-là avec l'intention de voix comme ça. Donc moi, pour ma part, en fait, j'ai la partie, on va dire, où je sais pas le résultat final : c'est Mylène qui va l'avoir parce que moi, je propose une musique. Là, pour celle-ci, en fait, l'idée était d'en mettre le moins possible, et c'est ce que Mylène voulait, justement. Donc, je me rappelle avoir demandé s'il fallait que j'en rajoute un peu plus, et finalement, le tout était là, parce qu'il fallait que ça accompagne un texte, avec des notes juste fortes peut-être mais pas du tout de lead ni même de rythmique, ni même quelque chose qui aurait pu déranger dans la manière de s'exprimer ou dans la compréhension du texte. Donc, tu vois, dans ce titre-là, il doit y avoir peut-être quatre parties d'instruments : un violon, une basse, un piano, quelques effets à côté. Et c'est tout. Basta ! Il faut que ça accompagne, c'est une nappe qui accompagne un texte.


Diffusion de publicités.


Comment s'est passée la collaboration avec LP ?
Mylène Farmer : Là, il s'agit d'une autre rencontre. Je suis allée la voir sur scène, j'ai oublie le lieu  - c'était une petite salle (le Café de la Danse à Paris, le 20 septembre 2016, ndlr) - et j'ai découvert cette artiste que je connaissais un tout petit peu. J'avais entendu, comme tout le monde, ce fameux titre qui a fait le tour du monde, Lost on you. Et j'ai trouvé sa voix phénoménale, évidemment, mais plus encore sa personnalité : je la trouve unique. Je n'ai pas rencontré une autre artiste comme elle. Et puis, elle a ce que j'aime, c'est-à-dire qu'elle a un charisme incroyable, elle est authentique, elle est touchante, et puis cette voix qui est incroyable.

Antoine Baduel : Qu'est-ce qui vous plaît quand vous partagez une chanson avec un artiste ?
Mylène Farmer : Vous venez de donner le mot : le partage, justement. Mais là encore, aucune préméditation : c'est juste un matin, on se lève, on écoute une mélodie, une musique, et on se dit : "Tiens, ça j'aimerais être accompagnée de quelqu'un". Alors, qui sera ce quelqu'un ? Un homme ? Une femme ? Pour la plupart, ce furent des hommes. Maintenant, c'est une femme. C'est le partage, la notion de partage, donc... oui.


Diffusion de N'oublie pas (avec LP).


Son travail avec Léon Deutschmann.
Mylène Farmer : C'est un tout, tout jeune compositeur qui a 19 ans, qui s'appelle donc Léon Deutschmann, que je connais, que je connaissais un peu intimement, j'oserais dire, et c'est quelqu'un qui est tout, tout neuf dans ce paysage musical mais qui a beaucoup beaucoup de talent, lui aussi. C'est quelqu'un qui est d'une formation classique, qui joue lui-même du trombone et qui découvre, qui a appris comment composer une chanson et qui a quelque chose, je trouve, en commun avec Laurent Boutonnat en terme de mélodies : quelque chose de très, très émouvant, très sensible. Et, j'ai beaucoup aimé cette rencontre, aussi.

Le titre de l'album, Désobéissance.
Mylène Farmer : Je crois que j'ai toujours été un peu désobéissante. J'ai du mal avec les cadres. J'aime la différence, j'aime être différente, tout simplement, être moi-même avant tout, mais être différente. "Désobéissance", oui, ça me va très bien, et même dans ce monde actuel, je crois qu'on a plus envie de désobéissance que de, comment dirais-je, de rentrer dans des cases, d'avoir un vêtement trop serré. Ça ne me convient pas !


Diffusion de Désobéissance.


La photo de la pochette de l'album Désobéissance, signée Jean-Baptiste Mondino.
Mylène Farmer : Nous nous sommes rencontrés. Ça faisait très très longtemps que je voulais travailler avec Jean-Baptiste qui était très très occupé. Et quelques années plus tard, trente ans plus tard (rires), je rencontre enfin Jean-Baptiste Mondino qui me dit : "Oui, je veux". Nous avons évoqué... J'avais le titre, je lui ai dit : "Voilà, je voudrais que cet album s'appelle "Désobéissance". À quoi penses-tu ?". Et j'avais en tête également, sans le lui dire, que de retrouver des codes un peu anciens, avec cette silhouette. Et puis, il s'est dit : "Désobéissance, il y a cette désinvolture, je te verrais bien rentrer de la guerre". Donc, il pensait peinture. Je lui ai dit : "J'adore cette idée". Il m'a montré après, on appelle ça des moodboards - vous savez, on vous présente quelques idées, des évocations - et je lui ai dit : "C'est une direction magnifique pour moi. J'adore !" Et là, je l'ai laissé faire. Il est entré dans mon univers. C'est quelqu'un qui dit de lui-même qu'il se met à la place de l'artiste avant de penser à lui comme photographe. Et puis voilà, après c'est un truc au millimètre. C'est-à-dire que la pose, par exemple, dans le fauteuil, il prend très, très peu de clichés, mais c'est quelqu'un qui va travailler très longtemps l'inclinaison du pied, de la jambe, où est-ce qu'on va mettre le sabre, à terre. Il m'a demandé également si je pouvais rapporter des vanités, donc je lui ai amené la tête de mort, je lui ai amené un aigle royal, etc. Donc tout s'est fait ensemble, mais malgré tout, c'est quand même lui qui a eu cette idée principale de faire un tableau. Il s'est dit : "Sortons du Louvre et amenons le spectateur - je ne sais pas comment on va le nommer - et voyons ça sur une pochette. Amenons-le, non pas dans un musée, mais dans la rue, dans un magasin".


Et sur la pochette de l'album, quelques lettres sont à l'envers. Coïncidence ou pas ?
Mylène Farmer : Je vais rester totalement dans le mystère ! Ce que je trouve très, très, très joli là-dedans, c'est justement l'idée que chacun s'empare de ce visuel et interprète ce qu'il aura envie d'interpréter. Bien sûr, nous avons, nous, mis des ingrédients. Maintenant, quels sont-ils ? Ça, j'avoue que je ne le dirai pas parce que je pense qu'on ne demande pas à un Velasquez ce qu'il aura voulu dire sur sa peinture. Je trouve que cette part de mystère est importante, mais importante aussi pour la personne qui va découvrir l'œuvre ou la photo, ou que sais-je...


Diffusion de Sans contrefaçon.


Dans quel état d'esprit est Mylène avant ses concerts à Paris La Défense Arena en juin 2019 ?
Mylène Farmer : Je crois que tous les jours sont différents. Le doute qui est toujours présent, l'excitation, c'est évident. Un grand vertige et à la fois une envie incroyable que d'y retourner. Et puis surtout une préparation, à vrai dire, c'est beaucoup de travail et je vais commencer surtout - j'ai commencé déjà - mais ça sera vraiment en janvier. Il y a des choses qui pointent leur nez, mais le gros du travail va commencer en janvier.

Une seule info a filtré pour l'instant : le show commencera dans le noir (info donnée par Mylène dans son interview sur RTL le 3 octobre 2018, ndlr).
Mylène Farmer : Oui, mais ça, c'est toujours pareil quand on vous pose des questions. C'était pour justifier le fait que je ne vais pas dans un stade qui est ouvert, parce que cette période de juin, tout le monde le sait, il fait jour très tard et que j'avais envie, moi, comme je l'ai toujours fait de rentrer dans le noir pour avoir quelque chose de plus impressionnant, si je puis dire. Donc, il a fallu trouver un lieu qui avait un toit, et puis d'autres stades qui ont un toit, il y en a très, très peu et ils ne sont pas libres. Donc finalement, on s'est dit : "Voilà, faisons un spectacle unique dans ce lieu" comme je l'avais fait à Bercy, et c'était un moment qui était inoubliable, avec cette idée qui est compliquée aussi pour moi de faire venir le public de province. Je sais que c'est pas simple. Ce n'est pas un manque d'humilité de ma part, mais voilà, si on veut quelque chose d'incroyable, il faut se donner, et moi je me donne les moyens, et voilà... J'espère que les gens apprécieront.


Diffusion de California extrait de l'album Live à Bercy.


Est-ce que Feder négocie pour mixer sur scène ?
Mylène Farmer : Non, c'est moi qui suis en train de négocier. Vous plaisantez ! (rires)


Ah ! C'est une info ? Une vraie ou pas ? Intox ?
Mylène Farmer : Non, c'était pour rire.
Feder : Il n'y a pas d'info pour le moment. C'est vrai que, moi aussi, j'ai hâte. Même le peu de choses qu'on puisse dire, déjà, elle parlait de ce noir-là, de ces intentions-là, moi, déjà, ça m'impressionne de mon côté. En fait, il y a très peu de monde qui, déjà, note ce détail de vouloir une pièce fermée. Pourtant, je fais de la scène à côté et je fais des fois des salles fermées, mais c'est pas forcément un détail que je vais chercher. Je trouve qu'il y a une sensibilité là-dessus et je pense que les gens vont comprendre la raison du pourquoi de tout ça. Je fais partie vraiment  des fans qui attendent avec impatience ce moment parce qu'on peut s'imaginer tout, et en fait je pense que ce qui va se passer est encore autre chose !

Des fans toujours présents, toujours là depuis le début puisqu'une nouvelle fois les billets se sont vendus en quelques heures.
Mylène Farmer : C'est le cadeau d'une vie. J'ai pas d'autres mots. J'ai une chance incroyable. Que vous dire ? C'est une chance, c'est un bonheur quotidien. C'est rassurant, et à la fois, je parle souvent, j'évoque le vertige, mais parfois ça fait très, très peur aussi parce qu'on se dit forcément qu'on est jugé, on vous attend, selon l'expression, au tournant. On a envie du meilleur, du plus grand, du plus beau, et j'imagine qu'on a ses limites aussi. Mais j'espère leur offrir ce qu'ils attendent.


Diffusion de Libertine extrait de l'album Live à Bercy.


Avant cette interview, la radio avait demandé sur les réseaux sociaux aux fans de poser les questions de leur choix à Mylène. Sélection de l'une de ces questions.

Ludivine de Tours : Je voulais vous poser une question par rapport à vos concerts. Je vois qu'il y a une vraie différence entre la personne réservée, qu'on imagine que vous êtes dans la vie de tous les jours et la femme que l'on voit sur scène. Est-ce qu'il y a quelque chose qui vous transporte devant votre public ?
Mylène Farmer : Je crois que tous les artistes vous diront qu'un public transporte. Il y a une communication, et d'émotion qui est inouïe. C'est compliqué de décrire une scène, la sensation qu'on a sur scène, mais là encore, c'est quelque chose d'unique et de prodigieux, mais ça fait peur aussi !


Diffusion de la chanson Des larmes.


A-t-elle réalisé tous ses rêves ?
Mylène Farmer : J'espère que non ! Mais je n'arrive pas à m'envisager plus tard. Je suis dans l'instant présent autant que faire se peut. Je préfère ne pas m'envisager plus tard.

Quels conseils peut-elle donner aux petits garçons, aux petites filles qui ont envie de faire de la musique ?
Mylène Farmer : D'être le plus sincère possible, de ne pas essayer de copier le voisin, de ne pas essayer d'être dans l'air du temps, d'être le plus sincère et le plus créatif. Et puis donner du fond aux choses. La forme est jolie, souvent, mais le fond est plus essentiel, je trouve.

Merci Mylène Farmer pour cet entretien exceptionnel.
Mylène Farmer : Merci  à vous.


Diffusion du single Les mots (avec Seal).

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