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Mylène Farmer - Interview - Paris Match - 12 septembre 2013



  • Date
    12 septembre 2013
  • Média / Presse
    Paris Match (N°3356)
  • Interview par
    Laurent Delahousse
  • Fichiers
    Mylène Farmer Presse Paris Match 12 septembre 2013  Mylène Farmer Presse Paris Match 12 septembre 2013  Mylène Farmer Presse Paris Match 12 septembre 2013   Mylène Farmer Presse Paris Match 12 septembre 2013  Mylène Farmer Presse Paris Match 12 septembre 2013   Mylène Farmer Presse Paris Match 12 septembre 2013
  • Catégories interviews

   
   


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Paris Match : Revoilà donc le temps du désir… ou de l'envie de retrouver votre public ?
Mylène Farmer : Le désir n'a jamais cessé depuis le premier jour, revoilà donc plutôt, effectivement, le temps de l'envie. Le temps de retrouver les siens et de partager ces moments rares qui n'existent que sur scène.


Il aurait pu s'évanouir à jamais, ce désir, ou est-ce impossible ?
Le désir peut disparaître à tout moment, c'est ce qui le rend précieux. J'entretiens naïvement l'espoir que ce sentiment puisse nous survivre. C'est parfois le privilège de certains artistes.


On a l'impression que, depuis toutes ces années, vous dessinez votre carrière sur une toile, une belle et grande toile… Le tableau commence à prendre forme. Il vous plaît ?
Je suis comme un volcan qui sommeille entre deux éruptions. Si c'était un tableau, il s'intitulerait sans aucun doute "Œuvre éternellement en chantier" !


Eternellement inachevée ?
J'aime l'imprévu... Je ne planifie rien. Aujourd'hui ici, demain perdue dans un paysage de Toscane... Tant que le désir sera ­présent, je continuerai à jeter de la couleur sur tout ce qui m'entoure. L'inachevé peut avoir un parfum d'amertume. J'aime aller au bout des choses. Même si, au fond, je sais que rien n'est jamais achevé. Je suis perfectionniste, certains de mes amis vous diraient “maniaque”. J'aime la précision horlogère.


Il y a des regrets ? Un regret ?
Une multitude de regrets. Les regrets sont les balises d'une vie dense constituée de nombreux choix. Aucun remords. J'ai toujours eu le sentiment de faire les choix qui me correspondaient. J'ai un regret particulier. Celui de n'avoir pas partagé plus de moments avec ceux qui sont partis. Je n'ai pas pu dire au revoir à mon père, ni même le voir, avant que l'on ne referme son cercueil. C'est une blessure irréversible.


Ce sont ces blessures qui vous ont conduite à la discrétion, au silence, à l'art d'être rare. Ce qui pourrait apparaître à certains comme anachronique, à l'heure où chacun rêve de notoriété factice, s'invente un “moi” qui n'existe pas à travers les réseaux sociaux…
J'ai peur de ça. Tout va trop vite. L'instantané ne favorise pas la réflexion mais l'instinct. La communication devient un bruit ininterrompu. Les gens écrivent et parlent sans recul, à chaud, dans un monde où la mémoire numérique est infinie. Paradoxalement, cela permet à chacun de s'exprimer et d'espérer trouver un auditoire. Si les écrits restent, ce qui change, c'est que désormais tout le monde peut y accéder en quelques secondes. C'est l'inverse du mystère... Bien trop violent pour moi. Une carrière, c'est long, exigeant, et c'est ce qui en fait la beauté. Il n'y a rien d'anachronique à prendre son temps dans un monde fulgurant. Cela devient un choix. Et ce choix me correspond.


Avez-vous réussi à créer une communauté sans jamais la trahir ?
Oui, et j'en suis profondément touchée. Cette communauté s'est créée autour de mots, de mélodies et d'échanges lors des concerts. C'est une communauté fidèle, sans doute parce que je ne me suis jamais trahie moi-même. Je suis reconnaissante pour cela aux spectateurs de mes concerts.


Quelle histoire que cet amour du public et cette fidélité !
Les histoires d'amour ne s'expliquent pas. Je ne l'explique pas... La fidélité est une promesse réciproque et exigeante. Une règle du jeu amoureux. Je suis toujours fébrile et émue de retrouver ce public. Peut-être l'est-il aussi ?


Cette intensité-là, cette passion du public, reste-t-elle inexplicable pour vous ?
On ne choisit pas le passion. C'est elle qui vous cueille. C'est ce qui la rend si mystérieuse. Cela me bouleverse. La passion est toujours intense... Elle peut être destructrice, aussi. On n'en sort pas indemne. Au minimum cabossée, mais avec le sentiment d'avoir vécu... C'est tout ce qui m'importe au bout du chemin.


Le spectacle est une nouvelle fois minutieusement préparé.
Je m'efforce de tout soigner, de ne rien laisser au hasard, de ne pas céder à la facilité, pour trouver enfin, une fois le puzzle achevé, une liberté... Celle de l'improvisation, de l'abandon.


Avant des rendez-vous sur scène, il y a quoi en vous ? De l'angoisse, de l'envie, de l'impatience, une nécessité psychologique et physique de ressentir cette émotion ?
Je suis concentrée, attentive. Il y a tellement de choses à préparer ! Le temps manque pour l'angoisse, la peur ou l'impatience. L'émotion est pour plus tard...


Juliette Gréco dit de vous que vous êtes une enfant féroce et surdouée, cela vous va ?
Une enfant... féroce... Forcément. Ce métier peut être cruel. Une certaine dose de férocité est nécessaire pour protéger ses proches.


Qu'y a-t-il de féroce en vous ?
L'instinct de survie.


Est-ce l'imaginaire qui vous a sauvée, en vous permettant d'échapper à la violence de la réalité ?
La réalité est violente. C'est dans cette violence qu'elle prend toute son ampleur. Même si je suis privilégiée, il est vital de développer l'imaginaire pour entrevoir un peu de lumière. Donner une autre dimension au temps qui passe inexorablement. Un féroce instinct de survie...


Au risque de vous "isoler", parfois ?
Mais c'était une nécessité et même plus que cela : un moyen de survivre. Je n'ai pas le sentiment d'isolement. C'est une notion qui implique la contrainte. Je ne suis pas prisonnière. Je suis solitaire et ce mode de vie me correspond. C'est aussi un des aspects de mon travail.


Votre imaginaire s'est-il substitué à votre absence presque totale de souvenirs d'enfance ?
Je ne sais pas Laurent... Je ne m'en souviens plus ! (Rires)


On peut donc vivre sans cette mémoire ?
Mais c'est une survivante qui vous parle ! On peut perdre la mémoire comme on égare ses bagages à la veille d'un long voyage. Le voyage est plus compliqué, mais plus léger peut-être...


Quand vous regardez le journal, les informations, vous ne trouvez que très peu de raisons d'espérer ?
Où est l'espoir dans le traitement de l'information ? Je pense qu'on entretient assez volontiers le sentiment de peur. C'est une arme de domination massive. Je me demande ce qu'auraient été les journaux télévisés au Moyen Age. Y avait-il plus de raisons de se réjouir ? Pourtant, entre-temps, le monde a quelque peu évolué. L'espoir est un leurre indispensable.


Vous a-t-on souvent dit "je t'aime", via le public ? Vous qui attachez une réelle importance aux mots, beaucoup sont aujourd'hui galvaudés. Ceux-là veulent-ils encore dire quelque chose pour vous ?
Ce sont des mots qui font tourner le monde. C'est la base. L'amour est un sentiment essentiel qui peut prendre les formes les plus diverses. C'est aussi un sentiment qui se passe volontiers de mots. Allez chercher à comprendre !


Et vous, vous arrivez facilement à prononcer cette phrase ? Elle vous a déjà fait peur ?
Il n'y a rien de facile en amour. Surtout pas les mots. Je ne parlerai pas de peur mais plutôt de vertige. L'amour est un puits sans fond qui nous amène à explorer notre âme. Vertigineux.


L'intelligence complice est une composante du couple, mais vous n'avez jamais oublié de nous rappeler que la sensualité en est également un élément essentiel. Le sexe reste-t-il une arme nucléaire en amour ?
L'arme nucléaire est par définition dissuasive ou dévastatrice. A déconseiller pour les couples ! Le sexe reste une arme fatale dont on ressuscite à chaque fois. (Rires.)
 

Le pouvoir semble être un aphrodisiaque pour les hommes politiques. Cela vous surprend ?
Non, c'est ainsi depuis la nuit des temps. Mais le pouvoir est éphémère et les hommes qui en usent comme d'un aphrodisiaque devraient se préparer à de longues nuits solitaires. Le pouvoir aphrodisiaque d'un homme est plus complexe que l'exercice d'une fonction. Mystère...


La scène l'est-elle pour vous ?
Quand je crie "Déshabillez-moi" sous l'œil amusé de Juliette Gréco ? (Rires.) Oui, il y a quelque chose d'aphrodisiaque sur scène... Entre séduction et abandon...


Je parlais tout à l'heure de cette toile, celle de votre vie. Quel peintre ou quel artiste peut nous permettre de nous rapprocher de vous ?
Les autoportraits d'Egon Schiele. Aussi effrayants que lucides.


Je sais que vous dessinez toujours.
Dès que j'ai un crayon entre les doigts, ça calme mon cerveau... sans cesse en ébullition.


Vous vous êtes mise, je crois, à la lithographie avec, comme maître, le cinéaste David Lynch.
David est un génie touche-à-tout. Un mystique bouillonnant. Son travail lithographique est remarquable.Tout comme son œuvre cinématographique. J'ai aimé sa façon de m'initier à cette technique. Discrète et rassurante.


Votre vie artistique avait commencé au Cours Florent, avec Vincent Lindon, qui est d'ailleurs resté votre ami... Que vous faudrait-il pour franchir le pas à nouveau vers le cinéma ? Cela me semble une telle évidence !
Vincent est un ami. Je le trouve courageux dans le choix de ses rôles. Il grandit avec ses films. Pour moi, le cinéma est une parenthèse qui s'est ouverte il y a longtemps et ne s'est jamais vraiment refermée. Là, on peut parler de toile inachevée ! Je ne pense pas qu'il faille avoir confiance en soi pour faire du cinéma. Au contraire. Mais cela passe nécessairement par le regard d'un réalisateur qui en a l'envie. Et un bon script... Malheureusement, Claude Berri n'est plus là...


Au cœur de la mélancolie, il y aussi des moments de légèreté, de vie et de rire... Parce que peu de gens le savent, mais vous êtes drôle, très drôle même.
Il m'arrive même de rire à mes dépens ! Je ne retiens pas les histoires drôles, ça doit être pour ça qu'on ne me reconnaît pas ce talent.


Avez-vous toujours les cons en horreur ? Vous dites souvent que, hélas, ce n'est pas ce qui manque...
Ils suivent proportionnellement l'évolution démographique, et on prévoit neuf milliards d'habitants sur notre planète en 2050 ! Le problème avec les cons, c'est qu'on est toujours le con d'un autre... Insoluble.


Il y aura un jour autre chose, un autre chapitre de votre vie. Tout cela se fera sans dire adieu ?
Au fond de moi, je l'ignore et cela me va. Autre chose, certainement. Une autre vie, je ne crois pas. Je ne suis pas une femme d'adieu. Je vous rappelle qu'une enfant féroce a laissé ses bagages sur un quai il y a longtemps. Le voyage continue.


Vous devriez ensuite ouvrir un cabinet de psy, vous nous apprendriez non pas à guérir de la mélancolie mais à y survivre.
Pourtant, parfois, l'envie de tout abandonner... Mais je fais de la résistance... Une survivante. C'est ça, je suis une survivante.



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